OCTOBRE 2004

 

L’Europe nouvelle

Les pacifistes aussi savent organiser des revues. En voici une de la situation de l’objection de conscience dans les nouveaux pays de la Communauté européenne à vingt-cinq membres.
Est-il utile de souligner que, lors des élections au Parlement de Strasbourg (ou de Bruxelles !), aucune liste française n’a parlé de l’objection ?
Cette totale déconnexion de la réalité par les députés est symtômatique de sociétés malades du capitalisme.

Pologne : en 1988, c’est le premier pays de l’Est a avoir accordé un statut aux objecteurs de conscience. Curieusement elle était encore sous un joug militaire, et Solidarnosk représentait l’opposition. Ce statut était destiné aux pacifistes intégraux et aux membres de religions minoritaires. Il était refusé aux catholiques puisque la hiérarchie de leur église était opposée à l’objection. Les pacifistes ont dû soutenir des catholiques emprisonnés. Le groupe Objectors-Poznan, associé à l’International des résistants à la guerre (IRG), développe l’objection.

Hongrie : en 1989, le droit à l’objection était stipulé dans la constitution hongroise. L’obtention du statut a été plus difficile dans les années 90 : le nombre croissant des demandes affolait les militaires. Alba Kör (Mouvement non-violent pour la paix en Hongrie, section de l’IRG et membre du BEOC) accueillis le Bureau européen de l’objection de conscience à Budapest, où il est très actif.

République Tchèque et Slovaquie : elles ont connu leur premier statut en 1990. Le droit à l’objection étant précisé dans la constitution de cette année-là en Tchécoslovaquie. En 1991, il y avait 38 000 demandes de statut. Après la séparation en deux pays en 1993, ces dispositions ont été reprises, toutefois plus sévèrement afin de limiter le nombre des demandes.

Estonie, Lettonie et Lituanie : ces Etats baltes ont reconnu l’objection en 1990, alors qu’ils étaient toujours dans l’Union Soviétique, donc avant leur indépendance. Il est à noter que les citoyens d’Estonie et de Lettonie sont en majorité de tradition protestante, et ceux de Lituanie catholique, et n’ont donc pas subi l’autorité de l’église orthodoxe, opposée à la reconnaissance de l’objection.
L’Estonie et la Lituanie ont inscrit ce droit dans leur constitution. La volonté de ces pays de se démarquer de la Russie et d’être admis au Conseil de l’Europe, puis à l’Union européenne, les a poussé à adopter les standards européens. Cependant, Amnesty International pointe la durée pénalisante du service civil en Lettonie.

Slovénie : elle a accordé un statut en 1991, en acquérant son autonomie vis-à-vis de la Serbie. Elle souhaitait se rapprocher le plus possible des pays de l’Ouest. Le droit à l’objection y a de plus été inscrit dans la constitution en 1995.

République de Chypre : la partie grecque, est toujours en tension avec la partie Nord, autoproclamée république turque de Chypre, la frontière étant gardée par les casques bleus de l’ONU.
Les Chypriotes ont refusé le plan de réunification de l’île proposé par l’ONU avant l’admission à l’Union européenne. Chypre (partie grecque) a accordé la possibilité d’un service militaire non armé en 1992. On peut espérer que les objecteurs ont maintenant un statut réellement civil, puisque c’était une des conditions de l’Union, mais des informations sont attendues. Qui se souvient de l’affaire de l’insoumis Salih Askerogul, incarcéré à Chypre du Nord, fiancé à une femme de Chypre du Sud, alors qu’il se proposait d’aller vivre au Sud où il aurait été également emprisonné ?

Malte : indépendante du Royaume-Uni en 1959, elle n’a jamais subi depuis la conscription. Cependant, sa constitution stipule qu’en cas d’établissement de celle-ci, le droit à l’objection de conscience serait reconnu.

Maurice Montet

origine : Union pacifiste Juillet 2004