Octobre 2006
Periham Magden, journaliste et écrivaine, a été inculpée pour «incitation à s’opposer à la conscription». Dans un article elle avait pris la défense de Mehmet Tarhan, alors emprisonné, et estimait que la Turquie devait instaurer un service civil alternatif au service militaire. «L’objection de conscience est un droit de l’homme, il est de mon devoir de le défendre», déclare-t-elle.
L’ambassadeur de l’Union Européenne en Turquie a déclaré que cette inculpation était inacceptable et a averti Ankara que la persécution des intellectuels exerçant leur droit à la liberté de pensée et d’expression pourrait réduire les chances de la Turquie à devenir membre de l’Union.
www.ebco-beoc.org
Cemil Goren, jeune turc d’origine kurde, s’est déclaré objecteur de conscience. Il est susceptible d’être poursuivi et emprisonné. Il déclare notamment :
«En tant que citoyen turc je désire user de mon droit à l’objection de conscience. Je suis opposé à la guerre, je ne veux pas tuer d’être humain. Je ne veux ni recevoir ni donner d’ordre. Je ne veux pas prendre part aux explosions de violence qui se produisent dans notre pays. Je souhaite user de mon droit à l’objection de conscience comme symbole de fraternité entre les peuples kurde et turc. Tout le monde ne naît pas soldat. En tant que kurde de Turquie je suis contre le système militaire et souhaite que la paix et la liberté s’instaurent dans ce pays. Je suis persuadé que ce but peut être atteint par l’alliance des peuples kurde et turc. Pour ces raisons je ne veux pas effectuer de service militaire et me déclare objecteur de conscience».
Notre ami Lazaros Petromelidis a comparu le 4 mai devant la Cour militaire d’Appel d’Athènes. A cette occasion Amnesty International a remis au Premier Ministre plus de 600 messages de soutien provenant de plus de 30 pays dans le cadre de la campagne «Greece: Cease fire on conscientious objectors».
A l’issue d’un procès de trois heures auquel assistaient plusieurs députés européens et des représentants d’Amnesty International, du BEOC, du Comité national des droits de l’homme, des Verts, … , Lazaros a été déclaré coupable et condamné à 5 mois de prison avec sursis. Il a aussitôt saisi la Cour Suprême.
Malgré son engagement à reconnaître le droit à l’objection de conscience, l’Azerbaïdjan n’a toujours pas adopté de loi en ce domaine. De ce fait, les objecteurs sont poursuivis et condamnés pour «refus d’accomplir le service militaire». Mushfiq Mammedov, âgé de 23 ans, a été arrêté le 28 avril passé, neuf mois après avoir indiqué au commissariat militaire qu’il ne pouvait effectuer le service militaire du fait des ses convictions religieuses. Il a demandé à pouvoir effectuer à la place le service civil prévu par la constitution. Il a été condamné à 6 mois avec sursis en juillet.
Les poursuites à l’encontre de Mushfiq Mammedov et l’absence d’un service civil alternatif violent les engagements de l’Azerbaïdjan auprès du Conseil de l’Europe. Lorsqu’il a rejoint le Conseil en 2001, l’Azerbaïdjan s’est en effet engagé à introduire un service civil pour janvier 2003 mais n’en a rien fait.
L’Assemblée Nationale a décidé l’abolition de la conscription pour le 1er janvier 2008.La professionnalisation de l’armée entre dans la perspective de la participation de la Bulgarie à l’OTAN et de son entrée dans la Communauté Européenne.
Les condamnations à répétition d’objecteurs perdurent. Eyad Sief a été condamné à 35 jours de prison ; il en avait déjà fait 70. Amir Pastar a quant à lui écopé de 28 jours.
La guerre du Liban a donné lieu à des refus parmi les réservistes, ce dont bien peu de médias ont parlé. L’un d’eux, Itzik Shabbat a déclaré : «Je crois que seule cette forme d’opposition (le refus de participer) peut mettre un terme à la folie qui continue et briser le faux sentiment que tout le front israélien soutient cette guerre inutile fondée sur des considérations trompeuses».
concodoc@wrig.org
Une proposition de résolution est présentée par plusieurs députés européens sur «le droit du personnel militaire volontaire ou conscrit de refuser de participer à des activités de guerre et de méthodes de guerre contraires à la loi internationale et leur droit à obtenir le statut de réfugié en cas de désertion».
Le Parlement Européen a adopté le 28 septembre dernier un rapport dans lequel il rappelle à la Turquie que la Cour Européenne des droits de l’homme lui a demandé de mettre en place un cadre légal pour les objecteurs de conscience et que le droit à l’objection de conscience est reconnu dans la Charte Européenne des droits fondamentaux. Il salue l’intention du ministre turc de la justice de légaliser le droit à l’objection de conscience et de proposer l’introduction d’un service alternatif. Mais il se dit très concerné par le récent jugement rendu par une cour militaire condamnant un objecteur de conscience à une peine de prison.; il déplore que la cour militaire se soit ouvertement refusée à suivre les règles établies par la Cour Européenne des droits de l’homme. Enfin il condamne les persécutions de journalistes et d’écrivains qui ont exprimé leur soutien de l’objection de conscience au service militaire.