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A contretemps paraît au gré des lectures, des envies et des circonstances Numéro 7– Avril 2002 En guise de présentation ON constatera que ce numéro 7 d’A
contretemps se caractérise, pour partie, par un certain cosmopolitisme
dans le choix des ouvrages présentés. A défaut
de les lire – en anglais, en italien, en espagnol et en russe
– on pourra ainsi se faire une idée de leur contenu et
– pourquoi le cacher ? – de leur richesse d’analyse.
La pratique suppose au moins le bilinguisme et un petit talent d’écriture.
Avis, donc, aux lecteurs polyglottes que l’aventure tenterait
: il peut se trouver, ici ou là, quelque livre méritoire
écrit dans un idiome étrange dont une plume agilement
critique pourrait rendre compte dans notre hexagonal bulletin. Leurs
textes seront, bien sûr, les bienvenus, car si le monde est
notre patrie, il est trop vaste pour nos seules aptitudes et faibles
moyens. Encore faudra-t-il que leurs contributions nous agréent
– ce qui n’est pas une mince affaire –, mais la
satisfaction de se voir publié dans ce précieux bulletin
vaut bien quelques instants d’hésitante attente…
Puisque de bulletin et de lecteurs il s’agit – appréciez la transition – l’heure est probablement venue d’en rabattre sur une de nos principa-les prétentions et, sachez-le, il nous en coûte. Pour faire court, il suffi-rait de dire que ce sain principe de la gratuité qui nous a guidés jus-qu’à ce jour semble battu en brèche par une réalité désolante : contre toute attente, le succès gagne et avec lui, diantre, les frais se multi-plient. Parti à moins d’une centaine, le navire pouvait voguer sans risque majeur de tangage sur l’océan des Lettres subversives ; à pres-que le double, il faut écoper plus que nécessaire et, comme chacun sait, la fatigue finit par nuire au plaisir. Amère mais évidente, la cons-tatation s’impose donc : le nombre, même relatif, met en cause les plus nobles destinées. Entendons-nous bien, ce n’est pas qu’on coule, mais les eaux montent et les dettes avec. Têtus, quelques-uns parmi nous résistent à l’outrage : il ne sera pas dit qu’on dût payer pour lire ce bulletin. D’autres, admirablement pragmatiques, dénoncent l’entêtement des premiers au prétexte que le beau principe risquerait de le confiner dans des limites que la réalité même semble contester. Tous, cependant, rechignent aux démarches légales et à la fixation d’un tarif correspondant à ceux pratiqués sur le marché – quelle horreur ! Nous en sommes là, lecteur, un peu dépités par la surprenante de-mande et hésitants sur la marche à suivre. Alors, après débat et comme souvent, la solution envisagée n’en est pas vraiment une, mais elle a le mérite de te renvoyer la balle et, si ta bourse te le permet, de te mettre, à ta convenance, à contribution. Si tu ne le peux pas, rien ne changera entre nous. D’autres, nous en sommes sûrs, pourront pour toi, solidai-rement. Mille excuses pour la vénalité des propos, et bonne
lecture De Samuel Huntington à l’après
11-septembre Gilles Fortin
COMME un écho du pauvre, un
certain pacifisme opposa, le temps d’un automne, ses bons sentiments
et ses antiques écussons à la déferlante médiatico-guerrière
de l’après 11-septembre. Réflexe des temps difficiles,
il battit le pavé des villes avec plus ou moins de bonheur.
La presse libertaire réprouva avec vigueur – et comme
de juste – l’opération Enduring Freedom (Liberté
immuable), mais elle en resta le plus souvent à la condamnation
morale de la guerre, sans affiner l’analyse autrement qu’en
multipliant les références aux plus récentes
déclarations de l’indispensable Noam Chomsky . Deux brochures
parues récemment tentent de combler ce déficit d’examen
critique. La première, de Miguel Chueca , démonte les
thèses du politologue conservateur américain Samuel
Huntington, fer de lance de « l’idéologie officielle
de la croisade ». La seconde, de Ronald Creagh, suggère
un « choc entre deux visions du monde, l’une fondée
sur le spectacle de la marchandise, l’autre sur le sacré
» et se présente comme une contribution au débat
. ...la
suite
Du jargon ou la « part maudite » de l’Histoire Mireille L’Hour C’EST par un retour sur la méthode qu’Alice Becker-Ho introduit son ouvrage : « En tout domaine c’est de la connaissance transversale et de l’histoire comparative que surgit la vérité. A l’opposé de la spécialisation. » Retour, dis-je, parce que, comme dans ses précédents livres traitant de l’argot , elle procède à l’identique. « Mes sources […] – écrivait-elle dans sa préface à la deuxième édition des Princes du jargon – sont clairement citées, sans donc qu’il puisse y avoir là aucune ambiguïté ; et j’ai même choisi de composer directement à partir des citations originelles, dont tout le monde pourra ainsi connaître les auteurs. Et je conserverai cette méthode sur tous les points où je n’aurai pas apporté d’élément particulièrement nouveau, aux plans historiques ou linguistiques. » Il en va ici de même. . ...la suite
DANS sa « préface » au Paris révolutionnaire, Jean Pagne cite ce graffiti au pochoir ornant un mur de la ville dans les années 90 et sonnant comme un avertissement : « Promoteur de malheur, si je te rencontre, tu meurs… » Le pire étant fait, il disait beaucoup de cette haine que le piéton de Paris pouvait ressentir, alors, devant la systématique destruction des lieux. « Les promoteurs ont réussi, ajoute J. Pagne, là où les nazis avaient échoué en 1944 : éventrer Paris. » Et davantage : tuer sa poésie et abolir son histoire. Il suffit d’ouvrir les yeux pour constater, dix ans après le graffiti vengeur, que le crime a bien eu lieu et se dire qu’on ne dressera jamais autant d’échafauds que mériterait cette engeance. . ...la suite
D’une « transition démocratique » à l’espagnole José Fergo LA « transition démocratique » espagnole fut à tel point un modèle du genre que, vantée ici et là par les journalistes et les politologues du consentement, elle a longtemps servi – et sert encore – de référence obligée quand vacillent les dictatures et que, comme hypothèse du moins, pointe la subversion. L’analyse que nous en livre José Manuel Naredo a l’insigne avantage d’en révéler les véritables enjeux : pérenniser sous une forme « démocratique » le type de société pyramidale qu’avait instaurée le franquisme, donner à la monarchie une image moderniste et détruire toute opposition réelle et directe aux mécanismes de domination. . . ...la suite
Experts en « corporate propaganda » Miguel Chueca DE nos jours, le public est bombardé d’informations scientifiques concernant la sûreté et l’efficacité de tout et n’importe quoi, depuis les produits pharmaceutiques jusqu’aux ceintures de sécurité en passant par les jouets destinés aux enfants. Manger du pain à l’ail rapproche les familles, affirme une recherche sponsorisée par les boulangeries Pepperidge Farms, qui fabriquent du pain à l’ail… Manger du chocolat peut prévenir les caries, dit le Princeton Dental Resource Center, qui est financé par la société M&M/Mars, mais n’a aucun rapport, en revanche, avec l’université de Princeton. Un verre de vin rouge par jour réduit les risques de crise cardiaque, disent les médecins payés par l’industrie des vins et spiritueux, etc. » .. ...la suite
L’anarchiste et le juif Freddy Gomez UNE étrange et magique rencontre. » C’est ainsi qu’Amedeo Bertolo caractérise, dans son introduction à L’anarchico e l’ebreo , la convergence – entre la fin du XIXe siècle et la moitié du XXe – de deux traditions apparemment étrangères l’une à l’autre. Et, en effet, entre l’anarchisme et le judaïsme, une rencontre historique eut bien lieu, d’abord dans les régions d’Europe de l’Est, berceau de la culture yiddish, puis, de manière croissante, dans tous les territoires où, fuyant misère et persécution, l’immigration juive est-européenne porta ses pas. En Europe, et davantage encore sur le continent américain, le mouvement ouvrier juif naissant s’organisa dans une large mesure grâce à l’énergie de jeunes anarchistes d’origine juive élevés, pour la plupart, dans la crainte de Dieu et le strict respect des traditions sacrées.. ...la suite
Les lettres de Pierre Kropotkine à Marie Goldsmith Frank Mintz CETTE correspondance inédite de Pierre Kropotkine à Marie Goldsmith méritait d’être située dans son époque. C’est ce à quoi s’attache Michael Confino dans une longue introduction de 70 pages. Il y restitue bien les rapports entre Kropotkine et sa correspondante – qu’il assortit de leurs biographies, amplifiées de considérations sur leurs idées respectives. Il insiste également sur l’omniprésence de la police tsariste, dont des indicateurs étaient infiltrés parmi les émigrés et les employés des postes des pays occidentaux pour co-pier les lettres échangées entre exilés. Par ailleurs, le travail d’identification des abréviations de noms de militants russes, français et anglais auquel se livre l’historien se révèle très utile pour la lecture, d’autant qu’il est complété de données biographiques sur les intéressés. M. Confino, enfin, fournit une explication de l’origine de ces lettres ...la suite
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