HONGRIE 1956

Socialisme ou Barbarie

Documents sur les conseils ouvriers

INTRODUCTION


Le travail théorique, la discussion et la réflexion sur les conditions actuelles et sur les expériences passées de la lutte révolutionnaire sont une nécessité pour le mouvement révolutionnaire afin que celui-ci puisse naître effectivement de la coordination et de l'unification des luttes et que les forces luttant contre le capital puissent se donner effectivement les moyens organisationnels et stratégiques indispensables pour détruire sa domination. L'expérience de la lutte du peuple hongrois en 56 est là pour le montrer.

Le peuple hongrois dans sa lutte contre la domination du capital a été capable de se donner les premières formes organisationnelles nécessaires à la prise de pouvoir : les conseils révolutionnaires d'ouvriers, soldats et paysans, mais la soudaineté de la crise de la société hongroise, l'atomisation de la classe ouvrière imposée par 8 ans de régime policier stalinien avaient empêché les forces révolutionnaires de se constituer en tant que tel de se préparer dans la lutte au heurt décisif contre l'Etat policier de la bureaucratie politique. La classe ouvrière hongroise, force décisive dans la lutte contre le capital ne disposait en 56 que de l'expérience des vieux militants syndicalistes qui aux côtés des jeunes ouvriers, éléments moteurs de la lutte armée, s'efforcèrent de définir la stratégie et la tactique des conseils ouvriers. Le mouvement révolutionnaire avait rassemblé derrière la classe ouvrière les paysans qui avaient bénéficié de la réforme agraire et les intellectuels. Les paysans prenaient à peine conscience d'eux-mêmes (cf. documents) ; quant aux intellectuels, regroupés dans le conseil révolutionnaire des intellectuels hongrois, après 8 ans de débats stériles sur le réalisme socialiste, ils étaient incapables de fondre dans l'action révolutionnaire les éléments théoriques dont le mouvement de 56 avait un urgent besoin.

Nécessaire à la lutte révolutionnaire il reste que la réflexion théorique est marquée dans son existence même par la structure capitaliste, par division entre manuels et intellectuels qui range le savoir du côté du capital. Elle risque perpétuellement soit de n'être que l'apanage ésotérique et stérile du cercle restreint des nouveaux papes universitaires, soit de n'être que l'habituel masque idéologique de toutes les organisations qui des groupuscules "gauchistes" aux grandes organisation réformistes ne sont que les effets de la structure capitaliste à l'intérieur des forces révolutionnaires. De par leur situation dans la division du travail propre à la structure du capital, les étudiants et d'une manière plus générale, les intellectuels "révolutionnaires" sont amenés à avoir une pratique théorique qui même lorsqu'elle est liée à une lutte effective contre les lieux du savoir, tend à conserver l'autonomie de la théorie, théorie qui peut alors remplir dans les organisations à volonté révolutionnaire le même rôle qu'elle remplit dans les organisations directement utile au maintien du capital. L'accumulation théorique exige, pour être effectivement investie et reprise dans le développement du mouvement révolutionnaire, d'être liée à une critique en actes de tous les mécanismes qui lient cette pratique au maintien du capital, non seulement dans les institutions bourgeoises, mais à l'intérieur même de tous les groupes formels ou informels qui se réclament de la lutte révolutionnaire. Enfin, à son niveau propre, la réflexion théorique doit être le fait de la discussion et de la polémique entre tous ceux qui prétendent participer au combat révolutionnaire. L'échange des informations non seulement sur les luttes mais aussi sur toutes les élaborations et discussions théoriques est à ce niveau une nécessité.

La diffusion de documents sur les conseils ouvriers dans la lutte révolutionnaire du peuple hongrois en 56 a ce but. Les évènements de Hongrie ont été un moment important pour l'ensemble du mouvement révolutionnaire. Les problèmes qu'ils posent intéressent directement les militants qui luttent actuellement contre l'exploitation et l'aliénation capitaliste.

Le peuple hongrois et en premier lieu la classe ouvrière hongroise, en se soulevant contre un Etat qui prétendait être l'instrument de la dictature de cette même classe ouvrière, a remis en cause dans les faits et malgré les limites et les ambiguïtés de sa lutte, l'imposture que représente depuis 40 ans pour le mouvement révolutionnaire la soi-disante patrie des soviets, l'U.R.S.S. La lutte du peuple hongrois oblige le mouvement révolutionnaire à reposer le problème du passage au socialisme et les formes que doit avoir la dictature du prolétariat pour être autre chose qu'un masque idéologique au service du capital. La lutte du peuple hongrois remet en cause dans les faits, les formes classiques des organisations révolutionnaires, elle remet en cause le statut de la théorie tel qu'il s'était imposé depuis Lénine, en dévoilant comment celle-ci peut se transformer en simple idéologie et en cette caricature de la conscience révolutionnaire qu'est le culte de la personnalité. La lutte du peuple hongrois remet en cause l'attitude béate des intellectuels petits bourgeois des pays occidentaux, qui 40 ans après le mythe de l'U.R.S.S. continuent de chercher à Cuba et en Chine populaire le paradis perdu de la patrie du "socialisme".

Engager la discussion sur les évènements de Hongrie, comme sur la révolution russe de 17, sur la construction du socialisme dans les pays "sous-développés" ou les sociétés capitalistes avancées, c'est engager la polémique. Mai la polémique, à son niveau limité, peut aider le mouvement révolutionnaire à lutter contre tous les effets idéologiques et organisationnels de la société capitaliste qui des nostalgiques du culte de Staline aux Bonzes réformistes tendent à le détourner de son but.

 

 

 

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