Socialisme ou Barbarie
Documents sur les conseils ouvriers
Szolnok
Vendredi matin, un conseil ouvrier révolutionnaire s'est formé
à Szolnok. István Kálmán, premier secrétaire
du comité de parti du département a lu les revendications à
transmettre au Comité Central du parti et au gouvernement, devant dix
mille personnes rassemblées sur la place principale de la ville. Après
le meeting, les ouvriers retournèrent aux usines. L'après-midi,
le conseil ouvrier révolutionnaire a tenu sa première réunion.
Les représentants de l'armée et de la police y étaient
également. Les participants ont élu président József
Dancsi, ouvrier au dépôt des locomotives. József Dancsi
ancien militant du mouvement ouvrier est serrurier à ce dépôt…
Il a rendu compte de l'activité du conseil ouvrier révolutionnaire…
"Nous avons décidé que notre première tâche
serait de rétablir l'ordre. Samedi, le conseil ouvrier a discuté
des tâches du ravitaillement public et, en particulier, celui du chauffage.
Jusqu'à ce jour, 25 comités ont pris contact avec nous et, par
ces négociations, nous nous sommes familiarisés avec les véritables
problèmes du pays. Le conseil ouvrier travaillera aussi le dimanche…"
Pécs
…Cet après-midi, les délégations des conseils ouvriers se sont réunies et, au nom des travailleurs du département, ont décidé de faire confiance au nouveau gouvernement. Bien que les participants aient critiqué certains ministres, le conseil a finalement déclaré qu'il soutiendrait le gouvernement afin qu'il puisse réaliser les revendications des travailleurs.
Salgótarján
Les membres du conseil provisoire national révolutionnaire du département de Nógrád ont unanimement exprimé leur confiance envers le nouveau gouvernement formé sous le signe d'une large alliance nationale. Le conseil national a décidé d'organiser des détachements armés dans les usines pour empêcher les débordements éventuels des éléments criminels…
Veszprém
…Le conseil du département travaille depuis deux jours ; ses membres sont soldats, ouvriers et paysans. Son grand souci, en dehors de maintenir l'ordre, est d'assurer le ravitaillement de la population et d'organiser la production sans entrave.
Département Györ
Vendredi, le conseil national provisoire s'est formé. Ses membres sont des ouvriers, des soldats, des paysans, des intellectuels. Son président est Attila Szigeti député du parlement, ancien président départemental du Parti Paysan National. Le conseil national est d'accord avec la formation du nouveau gouvernement et est également d'accord, à tous les égards, avec le contenu de la déclaration faite par le camarade Imre Nagy. Mais il tient comme nécessaire de discuter en détail certains problèmes avec le gouvernement…
Debrecen
Vendredi, environ 300 délégués des conseils ouvriers d'usine se sont réunis et ont fondé le Comité Révolutionnaire Socialiste de Debrecen qui s'est chargé des affaires de la ville et du département. Ils ont élu président le lieutenant-colonel László Bede assistant à l'université. Ils ont créé quatre sections, notamment, du maintien de l'ordre, du ravitaillement, de l'industrie et transport, et de l'organisation. Le président de l'ancien conseil du département participera, comme invité, aux réunions du Comité, et en tant que dirigeant de l'organe administratif se chargera de l'exécution des décisions…"
INFORMATIONS RADIODIFFUSEES,
LE 27 OCTOBRE 1956
(publié in Lasky, Op. cit., p. 79)
"Un Conseil Ouvrier a été formé
dans l'usine des Autobus à Budapest ; il s'est mis immédiatement
à l'œuvre. Il a procuré du ravitaillement aux ouvriers
et a donné, ou donnera, les importantes quantités de vivres
dont il dispose aux cliniques et aux hôpitaux…
Des Conseils Ouvriers ont été institués dans la province
de Csongrád, dans la plupart des usines de Szeged et Hódmezövasarhely,
et dans le département de Heves. Des rapports analogues nous parviennent
de la Fabrique de Vêtements et des Ateliers d'Outillage Mécanique
de Békészsaba, de la gare et de la Manufacture de Tabacs de
Nyiregyháza et des différentes usines de Dunapentele (Stalinváros)…"
"Une délégation de trois membres, venue d'Inota et des districts avoisinants, s'est rendue auprès du Premier ministre Nagy. Elle amenait 16 wagons de nourriture pour Budapest. Les délégués ont soumis au Premier ministre les revendications des travailleurs de l'usine d'Aluminium d'Inota, appuyées par les ouvriers et ingénieurs de la centrale électrique "7 Novembre". Ils diront à la population d'Inota que le gouvernement, ainsi que l'a déclaré le camarade Imre Nagy, est d'accord avec la plupart de leurs revendications. Les autres sont encore à l'étude. A leur retour, dans quelques jours, la délégation fera son rapport sur les résultats de son voyage. Une délégation similaire des Usines Métallurgiques "Duna" a vu hier le Premier ministre et a reçu du gouvernement une réponse identique…"
INFORMATIONS DIFFUSEES
PAR RADIO-KOSSUTH
(Inédits)
Le 31 octobre 1956
"Hier, s'est formé le conseil ouvrier de l'Usine de Machines-Outils "Danuvia", dont László Németh, fraiseur, est devenu président. Parmi les revendications du conseil ouvrier, l'une d'entre elles exige le retrait immédiat des troupes soviétiques du territoire du pays. Les travailleurs ne reprendront pas le travail tant qu'on ne satisfera pas cette revendication. Le conseil ouvrier lutte de toutes ses forces contre toute tentative de rétablissement de la grosse propriété et du capital. Il a désigné comme directeur de l'usine, le même dirigeant qui assumait ces fonctions jusqu'ici. Il l'a appelé à élaborer une proposition pour modifier le système actuel de salaires. Jusqu'à nouvel ordre, le conseil a suspendu le travail du service de personnel et il détruit les soi-disant matériaux de cadre."
DISCOURS RADIODIFFUSE DE JÓZSEF KISS
Président du Conseil National du Département
De Borsod-Abauj-Zemplén
(Radio-Miskolc, 2 novembre 1956)
(Inédit)
"…Hier, une délégation de 28 membres de notre conseil
ouvrier du département Borsod-Abauj-Zemplén a fait connaître
nos revendications au Premier ministre Imre Nagy et au ministre d'Etat Zoltán
Tildy. En premier lieu, elle a demandé que les troupes soviétiques
commencent immédiatement à évacuer le pays et que cela
soit terminé dès que possible. C'est la condition de la liberté
et de l'indépendance de notre pays. Le gouvernement, après avoir
garanti l'indépendance du pays, doit faire connaître son programme
politique et économique, et la manière dont il va réaliser
les revendications des ouvriers de Diósgyör, des étudiants
de Miskolc, de nos mineurs, de nos soldats, de ceux du département
de Borsod et de la population entière du pays.
Le gouvernement doit proposer la formation d'un Conseil National Révolutionnaire
s'appuyant sur les conseils ouvriers départementaux et de Budapest
et composé de leurs délégations élues démocratiquement.
Avec cela, on doit prononcer la dissolution de l'ancien Parlement.
Le gouvernement doit concentrer toute sa force sur l'établissement
de l'ordre et du calme légal du pays, sur la normalisation de la vie.
Il doit s'opposer à tout arbitrage, infraction de loi et action terroriste
individuelle en s'appuyant sur l'armée, la police, les ouvriers et
sur notre jeunesse… Nous répétons que nous ne rendrons
pas les terres aux gros propriétaires, les usines aux capitalistes,
les mines aux barons de mine et la direction de notre armée aux généraux
horthystes ennemies du peuple !
Au nom des habitants du département de Borsod-Abauj-Zemplén,
nous déclarons que, en s'appuyant sur notre propre force, nous défendons
notre pouvoir populaire. Cet après-midi, à la réunion
du conseil ouvrier du département, nous avons pris des décisions
importantes. Notre but était de nous assurer si le gouvernement dirigé
par Imre Nagy servait réellement l'intérêt du peuple hongrois.
Nous en sommes convaincus par le fait que, quelques minutes après notre
arrivée dans la capitale, Imre Nagy a fait une déclaration d'une
importance nationale et mondiale revendiquant l'indépendance du peuple
hongrois et le retrait immédiat des troupes soviétiques. Sur
cette base, le conseil ouvrier du département de Borsod : 1) a voté
unanimement sa confiance au gouvernement ; 2) a décidé d'examiner
les tâches à réaliser. Nous avons déclenché
la grève contre le gouvernement afin de faire accepter toutes nos revendications…
La réunion de cet après-midi a décidé la reprise
du travail… Nos bases matérielles sont épuisées…
Nous serions incapables d'obtenir le retrait des troupes soviétiques
par la continuation de la grève. Nous devons par contre, l'obtenir
en refusant de leur fournir de la nourriture, du combustible et des logements.
Nous les contraindrons ainsi à quitter rapidement le territoire de
notre pays. Nous avons également constaté que, dans la situation
actuelle, on a besoin de l'unité du pays. C'est pourquoi, le conseil
ouvrier a pris la décision d'établir les contacts entre les
partis… (Diffusion ultérieure incompréhensible.)
APPEL DES DELEGUES
DE COMITES REVOLUTIONNAIRES
DES GRANDES USINES DE BUDAPEST
AUX TRAVAILLEURS HONGROIS
(Népszabadság, n°1, 1er novembre 1956)
(Inédit)
Mineurs, travailleurs de centrales ouvriers industriels, de transport et intellectuels
!
Les délégués des grandes usines de Budapest sont allés
au Parlement pour négocier avec les membres du gouvernement concernant
le retrait des troupes soviétiques, la situation actuelle du pays et
la reprise de la vie. Le gouvernement a accepté les principaux points
de revendications…
…La situation économique du pays a rendu évident pour
les délégués que la continuation de la grève aboutirait
à la paralysie complète de la situation du pays et minerait
nos conquêtes révolutionnaires. Mais les délégués
ont vu aussi qu'ils donneraient, par la reprise du travail, une force politique
au gouvernement. Etant donné la confiance générale manifestée
envers lui, la reprise du travail est absolument justifiée. Nous manquons
déjà de facteurs élémentaires de garantie de nos
conditions de vie. Le maintien de notre éclairage public est en danger,
ainsi que notre ravitaillement, le soin de nos chers combattants blessés
et beaucoup d'autres de nos besoins vitaux auxquels nous ne pouvons ni ne
voulons renoncer.
C'est avec une responsabilité profonde envers notre nation et notre
révolution que nous avons décidé la reprise immédiate
du travail dans tous les domaines de la vie et demandons à tous les
travailleurs du pays de se joindre à notre appel par la reprise du
travail.
Les délégués de : Régie Sidérurgique et
Métallurgique de Csepel, Usine MAVAG, GANZ Wagon, Régie Electrique,
Fabrique de Machines LANG, Fabrique d'Appareillage Téléphonique,
Fonderie GABOR ARON, Entreprise d'Installation de Chauffage, Fabrique de Grues,
Usine d'Eclairage, Fabrique des Blocs-Moteurs en Fonte, Fabrique des Machines
et Petits Moteurs, Aciéries Hongroises, Régie SIEMENS, Fabrique
des Appareils Médicaux, Travailleurs des Transports et des IVe, XIIIe
et XIVe arrondissements.
INFORMATION DE RADIO-KOSSUTH
(3 novembre 1956 – Inédit)
"Ce matin, la délégation de dix membres du conseil ouvrier
d'Ujpest a visité Csepel et dans le feu d'une discussion de six heures
a commencé les négociations avec ceux de Csepel pour décider
s'il faut, oui ou non, continuer la grève. Unanimement, le conseil
ouvrier de Csepel veut immédiatement reprendre le travail à
plein rendement. A Csepel toutes les usines travaillent, sauf les fours Martin
dont la réserve de matières premières est épuisée.
Ceux d'Ujpest veulent continuer la grève, mais ceux de Csepel ont décidé
de participer ce soir à la réunion du conseil ouvrier d'Ujpest…
où ils laisseront entendre leurs voix devant les travailleurs d'Ujpest."
COMMUNIQUE DE DUNAPENTELE
(Radio-Rákóczi, 7 novembre 1956)
(Inédit)
"Hier, 6 novembre 1956, les parlementaires du commandement soviétique de Kecskemét ont remis l'appel suivant au comité national de la ville et à sont commandement militaire : "Je somme la garnison de Dunapentele de se rendre. En ce cas, les soldats, les sous-officiers et les officiers pourront garder leur liberté et leurs droits politiques. Si la garnison ne se rend pas, le commandement soviétique prendra la ville par les armes. Après une telle lutte, tous les soldat, les gens armés ainsi que les civils seront traités comme des prisonniers de guerre."
Réponse : …
Premièrement : Dunapentele est la première ville socialiste en Hongrie. Dans cette ville, les habitants sont des ouvriers et le pouvoir se trouve entre leurs mains. Après la révolution victorieuse du 23 octobre 1956, les ouvriers ont élu le Comité National où ils ont envoyé leurs délégués. Le commandement militaire de la ville collabore étroitement avec le Comité National.
Deuxièmement : La population de la ville est sous les armes… elle ne se rend pas,…car elle a construit les usines et les maisons de la ville de ses propres mains. Les ouvriers défendront la ville contre le fascisme… mais aussi contre les troupes soviétiques.
Cinquièmement : Des ouvriers armés veillent à la défense de la ville… et à son ordre. La majorité des usines travaillent. Il n'y a pas de fascistes et de contre-révolutionnaires dans la ville.
Sixièmement : …nous proposons au commandement soviétique des négociations ultérieures dans une zone neutre."
Dunapentele, le 7 novembre 1956
Le président du Comité National
Et le commandant militaire de Dunapentele.
APPEL DU CONSEIL CENTRAL OUVRIER
DU GRAND-BUDAPEST
A TOUS LES CONSEILS OUVRIERS D'USINE,
D'ARRONDISSEMENT ET DE DEPARTEMENTS
(publié in Etudes, Bruxelles, n°4, 1960, trad. Corr.)
Camarades ouvriers,
Le Conseil Central Ouvrier des usines et des arrondissements
du Grand-Budapest élu démocratiquement par la base vous adresse
un appel et des informations dans le but de resserrer encore nos rangs et
de les rendre plus unis et plus forts.
On sait que le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest a été
créé sur l'initiative des grandes entreprises, le 14 novembre
dernier, afin de coordonner le travail des conseils ouvrier des usines et
de se faire le porte-parole commun de leurs revendications. Depuis sa création,
le conseil central a, sans opportunisme, présenté aux instances
les plus diverses les revendications des ouvriers du Grand-Budapest et, bien
que les résultats ne soient pas suffisants, loin de là, nous
pouvons néanmoins affirmer qu'au cours de ces négociations nous
n'avons à aucun moment abandonné les objectifs essentiels de
notre glorieuse révolution nationale du 23 octobre.
Ainsi que nous l'avons toujours fait, nous affirmons une fois de plus que
nous avons reçu notre mission de la classe ouvrière. Fidèles
à cette mission, nous défendons, fût-ce au prix de notre
vie, nos usines et notre patrie contre toute tentative de restauration capitaliste.
Nous proclamons en même temps notre volonté d'édifier
l'ordre social et économique dans une Hongrie indépendante et
à la manière hongroise. Nous n'abandonnerons aucune des revendications
de la révolution. Nous considérons que le travail est la base
de la société. Nous sommes des ouvriers et nous voulons travailler.
Voilà pourquoi nous avons convié au Palais des Sports à
Budapest, pour le 21 novembre dernier, les représentants de la province,
des départements, afin que, à la réunion d'un conseil
ouvrier national, nous discutions des questions les plus importantes qui nous
préoccupent et notamment de la possibilité d'une reprise du
travail.
Bien que nous ayons fait part à l'avance de nos intentions au gouvernement
et que nous ayons même invité celui-ci à envoyer un représentant,
le gouvernements a interdit notre réunion. Cette mesure inattendue
a envenimé la situation. Dès que l'interdiction a été
connue, les ouvriers des usines de Budapest ainsi que les travailleurs des
Transports ont cessé le travail et ont commencé une grève
de protestation, sans avoir reçu aucune directive du conseil central.
Malgré tout, nous avons établi des rapports avec les délégués
de province. Nous avons voté une résolution stipulant qu'en
dépit de la grève de protestation de 48 heures nous étions
prêts à reprendre le travail dans tout le pays sans pour autant
renoncer à notre droit de grève, à la condition expresse
que le gouvernement reconnaisse le conseil ouvrier national comme seul organisme
représentatif de la classe ouvrière et qu'il continue sans délai
les négociations relatives à nos revendications. Celles-ci ont
été définies par nous, le 14 novembre, conformément
aux objectifs essentiels de la révolution.
Un comité ouvrier représentant notre Conseil et complété
par un membre de la délégation des mineurs de Pécskomio
a eu un entretien à ce sujet avec János Kádár,
président du Conseil des Ministres, dans la nuit du 22 au 23 novembre.
Le 23 novembre au matin, József Balaázs, l'un des membres de
notre délégation, a annoncé personnellement à
la radio le résultat de ces entretiens. Le président du Conseil
des Ministres avait reconnu le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest comme
qualifié pour poursuivre les négociations et avait promis de
soumettre au Conseil des Ministres les revendications qui lui étaient
présentées. Il avait enfin assuré que le conseil ouvrier
aurait la possibilité de donner des informations sur les résultats
obtenus au cours des négociations entre le Conseil et le gouvernement.
Force nous est de proclamer que toutes ces promesses ne constituent pas grand
chose. Néanmoins, nous avons décidé de reprendre le travail,
car nous avions en vue les seuls intérêts du peuple.
Nous ne nous laisserons pas duper. Nous sommes persuadés du succès
final de notre combat et nous essayons de prendre des mesures qui ne se retournent
pas contre nous.
Le 23 novembre, une information a été publiée selon laquelle
Imre Nagy et autres personnalités politiques qui se trouvaient à
l'ambassade de Yougoslavie auraient quitté les bâtiments de l'ambassade,
après l'accord avec le gouvernement hongrois qui leur aurait fourni
des garanties suffisantes. Le même jour, la radio de Budapest a annoncé
qu'Imre Nagy et les personnalités qui se trouvaient à l'ambassade
de Yougoslavie avaient demandé le droit d'asile à la République
Populaire de Roumanie. Etant donné que cette nouvelle a provoqué
une grande inquiétude parmi les ouvriers, le Conseil Central Ouvrier
du Grand-Budapest a nommé une commission ayant pour mission de demander
au gouvernement hongrois, en Haut Commandement des forces soviétiques
stationnées en Hongrie, ainsi qu'à l'ambassade de Roumanie l'endroit
précis où se trouvait Imre Nagy. Une fois cet endroit connu,
la commission aurait à demander la possibilité de négocier
personnellement avec Imre Nagy.
Il ne fait pas de doute que cet événement important n'a fait
qu'augmenter la méfiance vis-à-vis du gouvernement. Toutefois,
ainsi que nous l'avons déjà dit, uniquement dans l'intérêt
du peuple hongrois nous prenons position en faveur de la continuation du travail.
En même temps, nous adressons un appel à toutes les usines du
pays pour les inviter à faire de même après examen approfondi
de la situation.
Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers.
Afin d'augmenter encore nos forces nous pensons que, en vue de mesures et
actions unies, la réalisation des tâches suivantes s'impose :
1) Dans tout arrondissement et dans tout département où un conseil ouvrier d'arrondissement ou de département n'a pas encore été constitué, ces organismes sont à former d'urgence au moyen d'élections démocratiques organisées à la base. Les usines importantes et d'abord celles qui se trouvent dans les villes centrales des départements devront prendre l'initiative de constituer des conseils centraux.
2) Tout conseil central d'arrondissement et de département doit se mettre immédiatement en rapport avec le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest (15-17, rue Akacfa, téléphone 422-130). Le président du conseil central ouvrier est Sándor Rácz, président du conseil ouvrier de l'usine Standard (Beloiannis) ; son adjoint est György Kalocsai, délégué du conseil ouvrier des Huileries Végétables de Csepel ; son secrétaire est István Babai, président du conseil ouvrier de la Compagnie des Tramways de Budapest.
3) L'une des tâches les plus importantes des membres
des conseils ouvriers d'usines consiste à s'occuper, non seulement
de l'organisation du travail, mais aussi à élire d'urgence les
conseils ouvriers définitifs. Au cours de ces élections, nous
devons montrer la même énergie pour combattre l'agitation de
la dictature rákosiste que celle de la restauration capitaliste. Les
conseils doivent être composés d'ouvriers honnêtes au passé
irréprochable ! Au sein des conseils, les ouvriers devront posséder
une majorité d'au moins deux tiers.
En ce qui concerne les attributions des conseils ouvriers, nous ne saurions
être d'accord avec les ordonnances du Conseil du Présidium Suprême
promulguées à ce sujet. Nous maintenons que des conseils ouvriers
doivent être formés dans toutes les compagnies de transports
(chemins de fer, tramways municipaux, compagnies d'autobus), ainsi que dans
toutes les entreprises où l'ensemble des travailleurs le réclame.
Lors de l'entretien du 26 de ce mois, le président du Conseil des Ministres
a promis de soumettre notre position au Conseil des Ministres. En attendant,
nous invitons les conseils ouvriers créés dans de telles compagnies
à poursuivre leur activité. Par ailleurs, nous ne saurions être
davantage d'accord avec le décret du Conseil du Présidium Suprême
qui définit la compétence des Conseils Révolutionnaires
créés dans les ministères et les grandes administrations.
Nous voulons, en effet, un renforcement considérable de l'autorité
de ces conseils.
Pour ce qui est de la personne des directeurs, nous pensons que ces derniers
doivent être élus par les conseils eux-mêmes après
déclaration de candidature. L'entrée en fonction d'un directeur
ne devrait pas être subordonnée à l'accord du ministre
ou du ministère. Nous invitions les conseils ouvriers à mettre
tout en œuvre pour la réalisation de notre position ; à
ne pas accepter des dirigeants imposés aux usines, qui dans le passé
ont fait la preuve de leur incompétence et de leur éloignement
du peuple. Il faudra se méfier des arrivistes au passé douteux.
4) Par la suite, il est très important que l'élection
des nouveaux comités d'usine soit assurée par les conseils ouvriers
représentant la volonté authentique de la classe ouvrière.
Les 'syndicats libres", dont le nombre augmente sans cesse actuellement,
tentent de s'assurer une popularité en formulant des revendications
de salaires maximalistes. Il convient de préciser que les dirigeants
de ces "syndicats libres" n'ont pas été élus
par les ouvriers, mais désignés à l'époque rákosiste,
époque à laquelle ils se sont compromis.
Les syndicats essaient actuellement de présenter les conseils ouvriers,
comme s'ils furent constitués grâce à la lutte des syndicats.
Il est superflu de préciser que c'est là une affirmation gratuite.
Seuls les ouvriers ont combattu pour la création des conseils ouvriers
et la lutte de ces conseils a été dans bien des cas entravée
par les syndicats qui se sont bien gardés de les aider.
Nous pensons que les ouvriers ont besoin d'organisations qui défendent
leurs intérêts, de syndicats et de comités d'usine. Mais
de ceux qui sont élus par la base avec des méthodes démocratiques,
de façon que leurs dirigeants soient d'honnêtes représentants
de la classe ouvrière. Voilà pourquoi il importe que les comités
d'usine soient élus de la façon la plus démocratique,
une fois les conseils ouvriers définitivement constitués, afin
que la composition personnelle de ces comités fournisse toutes les
garanties pour la réalisation des objectifs de la révolution.
Nous sommes hostiles au maintien des permanents syndicaux rétribués.
En effet, l'activité aussi bien au sein d'un comité d'usine
qu'au sein d'un conseil ouvrier doit être un travail social bénévole.
Nous ne voulons pas vivre de la révolution et nous ne tolérerons
pas que qui ce soit essaie d'en vivre.
Nous estimons que l'adhésion aux syndicats doit être libre d'autant
plus qu'on ne saurait préserver d'une autre manière les syndicats
du danger de la bureaucratisation et de l'éloignement du peuple.
Nous protestons contre la thèse des "syndicats libres" récemment
constitués d'après laquelle les conseils ouvriers devraient
être uniquement des organisations économiques. Nous pouvons affirmer
que les véritables intérêts de la classe ouvrière
sont représentés en Hongrie par les conseils ouvriers et que,
d'autre part, il n'existe pas actuellement un pouvoir politique plus puissant
que le leur. Nous devrons œuvrer de toutes nos forces au renforcement
du pouvoir ouvrier.
5) Les conseils ouvriers d'arrondissement et de département devront rentrer immédiatement en contact avec l'organisme distributeur compétent de la Croix-Rouge. Ils devront envoyer leurs délégués à son siège central afin d'assurer une répartition équitable des denrées et des médicaments. Il est important que des experts figurent parmi les délégués.
6) Dans le but d'empêcher toute inflation, les conseils d'arrondissement et de département devront organiser le contrôle public des marchés et des halles centrales, afin que les travailleurs empêchent l'augmentation des prix. Ces contrôleurs devront se présenter régulièrement dans les lieux de vente, clouer au pilori les auteurs d'infractions et, en outre, signaler à qui de droit tout abus.
7) Les conseils d'arrondissement et de département
devront faire tout leur possible pour informer l'opinion publique. Toutes
les fois que la chose sera faisable, ils demanderont que leur soit réservée
une place dans la presse locale. Par ailleurs, ils devront fournir constamment
des informations objectives aux travailleurs des usines et des entreprises.
Pour cette raison, les conseils centraux des grandes usines doivent faire
le nécessaire pour que cet appel soit distribué dans tous les
ateliers. Ces revendications ayant été formulées à
plusieurs reprises, le président du Conseil des Ministres a promis
qu'il soumettrait, le 27 courant, au Conseil des Ministres, notre revendication
au sujet de l'obtention d'une licence pour la création d'un quotidien.
Cette demande une fois satisfaite, le problème de l'information serait
résolu.
Pour conclure, nous dirons qu'aujourd'hui il est nécessaire que les
conseils ouvriers, avec une unité et intransigeance complètes
servent – même avec la reprise du travail – la cause de
la révolution du 23 octobre. Nous avons fait le premier pas, c'est
au gouvernement de répondre. Tout cela peut durer plusieurs mois. Il
nous faudra veiller avec vigilance, pendant tout ce temps-là, car la
clique compromise de Rákosi et Géró essaie de pêcher
en eau trouble et de restaurer son régime. Nos rangs se renforcent
de jour en jour. Nous avons derrière nous des écrivains honnêtes
qui ont joué un rôle important dans la préparation de
la révolution, des artistes, des musiciens et le Conseil Révolutionnaire
des Intellectuels Hongrois qui groupe toutes les organisations d'intellectuels.
Une unité nationale, encore jamais vue, qui rassemble tous les Hongrois
honnêtes, se constitue actuellement à la suite de nos combats.
Regroupons-nous encore davantage, resserrons encore nos contacts entre conseils
ouvriers et continuons à combattre avec une vigilance révolutionnaire
pour notre objectif sacré, une Hongrie socialiste, indépendante
et démocratique, édifiée selon nos caractéristiques
nationales.
Budapest, le 27 novembre 1956.
Le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest.
DECLARATION
Nous, paysans travailleurs individuels et de coopératives, artisans, ouvriers industriels et intellectuels de Bokod, de Csaczas, de Dad, de Szend et de Szák, à travers les comités nationaux promus à notre représentation par l'élection libre et par mandat, constatons, déclarons, demandons et revendiquons les points suivants :
1° Dans le travail de l'élévation de notre patrie bien-aimée nous demandons une place et une voix organisées, au nom de toute notre société paysanne, car nous constituons la majorité de la population du pays.
2° Nous sommes totalement en accord avec les revendications
du Conseil Ouvrier Révolutionnaire du Grand-Budapest relatives aux
problèmes généraux du pays et nous l'assurons par cette
voie de notre soutien complet. Toutefois, nous soulignons les points dont
la réalisation et la garantie sont les plus urgents. Notamment :
a) La retraite complète des troupes soviétiques du pays, au
cours de l'année ;
b) Le renforcement et la garantie de notre neutralité ;
c) L'élection libre avec la participation de plusieurs partis socialistes,
dont un parti paysan représentant les intérêts paysans
;
d) La libération des déportés et des prisonniers politiques
de la révolution et la cessation immédiate des déportations
;
Nous revendiquons l'inviolabilité de toute personne participant à
la lutte d'indépendance révolutionnaire. Mais nous nous désolidarisons
des voleurs et autres éléments criminels irresponsables.
3° Dans l'intérêt de notre soutien aux conseils ouvriers révolutionnaires et de notre collaboration ultérieure avec eux, nous revendiquons et demandons au gouvernement en fonction, l'établissement des conseils paysans locaux, de canton et de département élus de la paysannerie elle-même avec les mêmes attributions prévalant aux conseils ouvriers.
4° Pour souligner le rôle de l'auto-administration locale et puisque selon notre opinion, le village paysan est au fond une unité agricole (entreprise), nous demandons, dans le cadre juridique de l'Etat, l'auto-administration économique et administrative complète afin que nous puissions coordonner les intérêts de l'Etat et de la paysannerie, conformément aux données locales.
5° Nous demandons et revendiquons la création, à l'échelon national d'un conseil paysan révolutionnaire, d'une représentation des intérêts de la paysannerie, comme un syndicat, par la voie duquel le gouvernement en fonction peut négocier avec la paysannerie et celle-ci peut également collaborer avec le gouvernement. Notre condition est, cependant, que les fonctionnaires de cette organisation remplissent leur rôle, comme élus par la paysannerie, délégués de celle-ci et ainsi ayant sa confiance.
Nos motifs :
a) Nous ne voulons pas, à cause de notre état
inorganisé, être dupes encore et opposés aux ouvriers
et aux intellectuels dans les intérêts égoïstes,
individuels et étrangers aux dépens des Hongrois.
b) Nous désirons, par notre poids unifié et organisé
en tant que partenaires égaux avec les ouvriers des villes et les intellectuels,
servir l'Etat hongrois socialiste et démocratique.
c) Avec notre unité à créer, nous voulons nous opposer
à certains éléments de la paysannerie qui veulent abuser
les travailleurs des villes en difficulté.
d)Nous voulons contribuer à la prévention de l'inflation par
le maintien des prix. Mais nous demandons la même chose à l'industrie.
e) C'est dans une organisation commune que nous voulons empêcher toute
activité qui essaie de créer un germe même de la grande
propriété. Nous déclarons que pour un tel but nous ne
rendrons pas une motte de terre des mains de la paysannerie et nous sommes
prêts à défendre de toutes nos forces cette position.
6° Pour la réalisation de nos désirs mentionnés
et dans le cas de leur satisfaction, nous nous engageons dans l'intérêt
du redressement de notre pays (parce que nous ne voulons aucunement attaquer
de dos les ouvriers luttant par la grève) :
a) A travailler sans économiser notre temps et nos forces ;
b) A mettre à la disposition du peuple du pays nos produits, au prix
équitable de marché libre ;
c) A être prêts à soutenir par nos dons ceux qui sont dans
le besoin, mais à ne les distribuer que directement aux intéressés,
sans organe intermédiaire.
7° Les comités nationaux des villages nommés
ont décidé que cette déclaration unanime serait portée
à Budapest par une délégation désignée
par nous et qu'elle la présenterait à qui de droit.
…
Département du Sud-Komáron Comité National
du
Le 19 novembre 1956. département du Sud-Komáron.
Nous appelons les conseils ouvriers, surtout départementaux, à soutenir le travail des conseils paysans et à établir une rapport organique avec eux.
TEXTE DIFFUSE PAR RADIO LIBRE "RAJK"
(5 novembre 1956 – Inédit)
"Camarades ! De nouveau le sang coule dans notre malheureux pays. Les
dirigeants de l'Union soviétique ont encore et de nouveau recours à
leur politique terroriste de colonisation comme à l'époque de
Staline-Rákosi. Pendant que nous menions des négociations amicales
avec eux, ils nous trompaient et, maintenant, il organisent des assassinats
en masse avec leurs tanks et leurs avions. Par cet acte barbare, ils rendent
impossible à jamais l'activité publique d'un parti communiste
honnête dans notre pays.
János Kádár et son parti réorganisé peuvent
essayer de tromper le pays et le monde, mais un fait demeure : les canons
russes ont ruiné en Hongrie la démocratie et le communisme.
Nous sommes des communistes convaincus, mais nous devons avouer que Staline
ne fut pas le seul à utiliser le communisme comme prétexte d'expansion
de l'impérialisme russe et de l'écrasement des peuples libres…
Camarades ! Notre place est… sur les barricades où nos frères
continuent leur lutte contre l'impérialisme brutal… Les dirigeants
soviétiques doivent savoir que les vrais communistes hongrois ne tolèreront
jamais le règne terroriste russe. S'ils écrasent ce peuple,
ceux qui resteront vivants… continueront la lutte illégale contre
eux…
Nous ferons tout pour transmettre une image fidèle de la politique
brutale de colonisation des Russes non seulement aux camarades russes, mais
aussi aux camarades vivant en Yougoslavie, en Pologne, en Tchécoslovaquie,
en Roumanie, en Bulgarie et également dans les pays occidentaux…
Ceux qui, de quelque manière que ce soit et au nom de n'importe quel
parti collaborent avec cette puissance de colonisation, trahissent non seulement
la Hongrie mais aussi le communisme et nous les combattrons. Camarades, tout
vrai communiste hongrois a sa place maintenant aux barricades !"
Informations, déclarations radiodiffusées
et appels des délégués des conseils ouvriers.
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