HONGRIE 1956

Socialisme ou Barbarie

Documents sur les conseils ouvriers

SZABAD Nép, 28 octobre 1956

Szolnok


Vendredi matin, un conseil ouvrier révolutionnaire s'est formé à Szolnok. István Kálmán, premier secrétaire du comité de parti du département a lu les revendications à transmettre au Comité Central du parti et au gouvernement, devant dix mille personnes rassemblées sur la place principale de la ville. Après le meeting, les ouvriers retournèrent aux usines. L'après-midi, le conseil ouvrier révolutionnaire a tenu sa première réunion. Les représentants de l'armée et de la police y étaient également. Les participants ont élu président József Dancsi, ouvrier au dépôt des locomotives. József Dancsi ancien militant du mouvement ouvrier est serrurier à ce dépôt… Il a rendu compte de l'activité du conseil ouvrier révolutionnaire… "Nous avons décidé que notre première tâche serait de rétablir l'ordre. Samedi, le conseil ouvrier a discuté des tâches du ravitaillement public et, en particulier, celui du chauffage. Jusqu'à ce jour, 25 comités ont pris contact avec nous et, par ces négociations, nous nous sommes familiarisés avec les véritables problèmes du pays. Le conseil ouvrier travaillera aussi le dimanche…"

Pécs

…Cet après-midi, les délégations des conseils ouvriers se sont réunies et, au nom des travailleurs du département, ont décidé de faire confiance au nouveau gouvernement. Bien que les participants aient critiqué certains ministres, le conseil a finalement déclaré qu'il soutiendrait le gouvernement afin qu'il puisse réaliser les revendications des travailleurs.

Salgótarján

Les membres du conseil provisoire national révolutionnaire du département de Nógrád ont unanimement exprimé leur confiance envers le nouveau gouvernement formé sous le signe d'une large alliance nationale. Le conseil national a décidé d'organiser des détachements armés dans les usines pour empêcher les débordements éventuels des éléments criminels…

Veszprém

…Le conseil du département travaille depuis deux jours ; ses membres sont soldats, ouvriers et paysans. Son grand souci, en dehors de maintenir l'ordre, est d'assurer le ravitaillement de la population et d'organiser la production sans entrave.

Département Györ

Vendredi, le conseil national provisoire s'est formé. Ses membres sont des ouvriers, des soldats, des paysans, des intellectuels. Son président est Attila Szigeti député du parlement, ancien président départemental du Parti Paysan National. Le conseil national est d'accord avec la formation du nouveau gouvernement et est également d'accord, à tous les égards, avec le contenu de la déclaration faite par le camarade Imre Nagy. Mais il tient comme nécessaire de discuter en détail certains problèmes avec le gouvernement…

Debrecen

Vendredi, environ 300 délégués des conseils ouvriers d'usine se sont réunis et ont fondé le Comité Révolutionnaire Socialiste de Debrecen qui s'est chargé des affaires de la ville et du département. Ils ont élu président le lieutenant-colonel László Bede assistant à l'université. Ils ont créé quatre sections, notamment, du maintien de l'ordre, du ravitaillement, de l'industrie et transport, et de l'organisation. Le président de l'ancien conseil du département participera, comme invité, aux réunions du Comité, et en tant que dirigeant de l'organe administratif se chargera de l'exécution des décisions…"

INFORMATIONS RADIODIFFUSEES,
LE 27 OCTOBRE 1956

(publié in Lasky, Op. cit., p. 79)

"Un Conseil Ouvrier a été formé dans l'usine des Autobus à Budapest ; il s'est mis immédiatement à l'œuvre. Il a procuré du ravitaillement aux ouvriers et a donné, ou donnera, les importantes quantités de vivres dont il dispose aux cliniques et aux hôpitaux…
Des Conseils Ouvriers ont été institués dans la province de Csongrád, dans la plupart des usines de Szeged et Hódmezövasarhely, et dans le département de Heves. Des rapports analogues nous parviennent de la Fabrique de Vêtements et des Ateliers d'Outillage Mécanique de Békészsaba, de la gare et de la Manufacture de Tabacs de Nyiregyháza et des différentes usines de Dunapentele (Stalinváros)…"

"Une délégation de trois membres, venue d'Inota et des districts avoisinants, s'est rendue auprès du Premier ministre Nagy. Elle amenait 16 wagons de nourriture pour Budapest. Les délégués ont soumis au Premier ministre les revendications des travailleurs de l'usine d'Aluminium d'Inota, appuyées par les ouvriers et ingénieurs de la centrale électrique "7 Novembre". Ils diront à la population d'Inota que le gouvernement, ainsi que l'a déclaré le camarade Imre Nagy, est d'accord avec la plupart de leurs revendications. Les autres sont encore à l'étude. A leur retour, dans quelques jours, la délégation fera son rapport sur les résultats de son voyage. Une délégation similaire des Usines Métallurgiques "Duna" a vu hier le Premier ministre et a reçu du gouvernement une réponse identique…"

 

INFORMATIONS DIFFUSEES
PAR RADIO-KOSSUTH

(Inédits)


Le 31 octobre 1956

"Hier, s'est formé le conseil ouvrier de l'Usine de Machines-Outils "Danuvia", dont László Németh, fraiseur, est devenu président. Parmi les revendications du conseil ouvrier, l'une d'entre elles exige le retrait immédiat des troupes soviétiques du territoire du pays. Les travailleurs ne reprendront pas le travail tant qu'on ne satisfera pas cette revendication. Le conseil ouvrier lutte de toutes ses forces contre toute tentative de rétablissement de la grosse propriété et du capital. Il a désigné comme directeur de l'usine, le même dirigeant qui assumait ces fonctions jusqu'ici. Il l'a appelé à élaborer une proposition pour modifier le système actuel de salaires. Jusqu'à nouvel ordre, le conseil a suspendu le travail du service de personnel et il détruit les soi-disant matériaux de cadre."

DISCOURS RADIODIFFUSE DE JÓZSEF KISS
Président du Conseil National du Département
De Borsod-Abauj-Zemplén

(Radio-Miskolc, 2 novembre 1956)

(Inédit)


"…Hier, une délégation de 28 membres de notre conseil ouvrier du département Borsod-Abauj-Zemplén a fait connaître nos revendications au Premier ministre Imre Nagy et au ministre d'Etat Zoltán Tildy. En premier lieu, elle a demandé que les troupes soviétiques commencent immédiatement à évacuer le pays et que cela soit terminé dès que possible. C'est la condition de la liberté et de l'indépendance de notre pays. Le gouvernement, après avoir garanti l'indépendance du pays, doit faire connaître son programme politique et économique, et la manière dont il va réaliser les revendications des ouvriers de Diósgyör, des étudiants de Miskolc, de nos mineurs, de nos soldats, de ceux du département de Borsod et de la population entière du pays.
Le gouvernement doit proposer la formation d'un Conseil National Révolutionnaire s'appuyant sur les conseils ouvriers départementaux et de Budapest et composé de leurs délégations élues démocratiquement. Avec cela, on doit prononcer la dissolution de l'ancien Parlement.
Le gouvernement doit concentrer toute sa force sur l'établissement de l'ordre et du calme légal du pays, sur la normalisation de la vie. Il doit s'opposer à tout arbitrage, infraction de loi et action terroriste individuelle en s'appuyant sur l'armée, la police, les ouvriers et sur notre jeunesse… Nous répétons que nous ne rendrons pas les terres aux gros propriétaires, les usines aux capitalistes, les mines aux barons de mine et la direction de notre armée aux généraux horthystes ennemies du peuple !
Au nom des habitants du département de Borsod-Abauj-Zemplén, nous déclarons que, en s'appuyant sur notre propre force, nous défendons notre pouvoir populaire. Cet après-midi, à la réunion du conseil ouvrier du département, nous avons pris des décisions importantes. Notre but était de nous assurer si le gouvernement dirigé par Imre Nagy servait réellement l'intérêt du peuple hongrois. Nous en sommes convaincus par le fait que, quelques minutes après notre arrivée dans la capitale, Imre Nagy a fait une déclaration d'une importance nationale et mondiale revendiquant l'indépendance du peuple hongrois et le retrait immédiat des troupes soviétiques. Sur cette base, le conseil ouvrier du département de Borsod : 1) a voté unanimement sa confiance au gouvernement ; 2) a décidé d'examiner les tâches à réaliser. Nous avons déclenché la grève contre le gouvernement afin de faire accepter toutes nos revendications… La réunion de cet après-midi a décidé la reprise du travail… Nos bases matérielles sont épuisées… Nous serions incapables d'obtenir le retrait des troupes soviétiques par la continuation de la grève. Nous devons par contre, l'obtenir en refusant de leur fournir de la nourriture, du combustible et des logements. Nous les contraindrons ainsi à quitter rapidement le territoire de notre pays. Nous avons également constaté que, dans la situation actuelle, on a besoin de l'unité du pays. C'est pourquoi, le conseil ouvrier a pris la décision d'établir les contacts entre les partis… (Diffusion ultérieure incompréhensible.)


APPEL DES DELEGUES
DE COMITES REVOLUTIONNAIRES
DES GRANDES USINES DE BUDAPEST
AUX TRAVAILLEURS HONGROIS

(Népszabadság, n°1, 1er novembre 1956)

(Inédit)


Mineurs, travailleurs de centrales ouvriers industriels, de transport et intellectuels !
Les délégués des grandes usines de Budapest sont allés au Parlement pour négocier avec les membres du gouvernement concernant le retrait des troupes soviétiques, la situation actuelle du pays et la reprise de la vie. Le gouvernement a accepté les principaux points de revendications…
…La situation économique du pays a rendu évident pour les délégués que la continuation de la grève aboutirait à la paralysie complète de la situation du pays et minerait nos conquêtes révolutionnaires. Mais les délégués ont vu aussi qu'ils donneraient, par la reprise du travail, une force politique au gouvernement. Etant donné la confiance générale manifestée envers lui, la reprise du travail est absolument justifiée. Nous manquons déjà de facteurs élémentaires de garantie de nos conditions de vie. Le maintien de notre éclairage public est en danger, ainsi que notre ravitaillement, le soin de nos chers combattants blessés et beaucoup d'autres de nos besoins vitaux auxquels nous ne pouvons ni ne voulons renoncer.
C'est avec une responsabilité profonde envers notre nation et notre révolution que nous avons décidé la reprise immédiate du travail dans tous les domaines de la vie et demandons à tous les travailleurs du pays de se joindre à notre appel par la reprise du travail.
Les délégués de : Régie Sidérurgique et Métallurgique de Csepel, Usine MAVAG, GANZ Wagon, Régie Electrique, Fabrique de Machines LANG, Fabrique d'Appareillage Téléphonique, Fonderie GABOR ARON, Entreprise d'Installation de Chauffage, Fabrique de Grues, Usine d'Eclairage, Fabrique des Blocs-Moteurs en Fonte, Fabrique des Machines et Petits Moteurs, Aciéries Hongroises, Régie SIEMENS, Fabrique des Appareils Médicaux, Travailleurs des Transports et des IVe, XIIIe et XIVe arrondissements.


INFORMATION DE RADIO-KOSSUTH


(3 novembre 1956 – Inédit)


"Ce matin, la délégation de dix membres du conseil ouvrier d'Ujpest a visité Csepel et dans le feu d'une discussion de six heures a commencé les négociations avec ceux de Csepel pour décider s'il faut, oui ou non, continuer la grève. Unanimement, le conseil ouvrier de Csepel veut immédiatement reprendre le travail à plein rendement. A Csepel toutes les usines travaillent, sauf les fours Martin dont la réserve de matières premières est épuisée. Ceux d'Ujpest veulent continuer la grève, mais ceux de Csepel ont décidé de participer ce soir à la réunion du conseil ouvrier d'Ujpest… où ils laisseront entendre leurs voix devant les travailleurs d'Ujpest."


COMMUNIQUE DE DUNAPENTELE

(Radio-Rákóczi, 7 novembre 1956)

(Inédit)

"Hier, 6 novembre 1956, les parlementaires du commandement soviétique de Kecskemét ont remis l'appel suivant au comité national de la ville et à sont commandement militaire : "Je somme la garnison de Dunapentele de se rendre. En ce cas, les soldats, les sous-officiers et les officiers pourront garder leur liberté et leurs droits politiques. Si la garnison ne se rend pas, le commandement soviétique prendra la ville par les armes. Après une telle lutte, tous les soldat, les gens armés ainsi que les civils seront traités comme des prisonniers de guerre."


Réponse : …

Premièrement : Dunapentele est la première ville socialiste en Hongrie. Dans cette ville, les habitants sont des ouvriers et le pouvoir se trouve entre leurs mains. Après la révolution victorieuse du 23 octobre 1956, les ouvriers ont élu le Comité National où ils ont envoyé leurs délégués. Le commandement militaire de la ville collabore étroitement avec le Comité National.

Deuxièmement : La population de la ville est sous les armes… elle ne se rend pas,…car elle a construit les usines et les maisons de la ville de ses propres mains. Les ouvriers défendront la ville contre le fascisme… mais aussi contre les troupes soviétiques.

Cinquièmement : Des ouvriers armés veillent à la défense de la ville… et à son ordre. La majorité des usines travaillent. Il n'y a pas de fascistes et de contre-révolutionnaires dans la ville.

Sixièmement : …nous proposons au commandement soviétique des négociations ultérieures dans une zone neutre."

Dunapentele, le 7 novembre 1956


Le président du Comité National
Et le commandant militaire de Dunapentele.


APPEL DU CONSEIL CENTRAL OUVRIER
DU GRAND-BUDAPEST
A TOUS LES CONSEILS OUVRIERS D'USINE,
D'ARRONDISSEMENT ET DE DEPARTEMENTS

(publié in Etudes, Bruxelles, n°4, 1960, trad. Corr.)

Camarades ouvriers,

Le Conseil Central Ouvrier des usines et des arrondissements du Grand-Budapest élu démocratiquement par la base vous adresse un appel et des informations dans le but de resserrer encore nos rangs et de les rendre plus unis et plus forts.
On sait que le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest a été créé sur l'initiative des grandes entreprises, le 14 novembre dernier, afin de coordonner le travail des conseils ouvrier des usines et de se faire le porte-parole commun de leurs revendications. Depuis sa création, le conseil central a, sans opportunisme, présenté aux instances les plus diverses les revendications des ouvriers du Grand-Budapest et, bien que les résultats ne soient pas suffisants, loin de là, nous pouvons néanmoins affirmer qu'au cours de ces négociations nous n'avons à aucun moment abandonné les objectifs essentiels de notre glorieuse révolution nationale du 23 octobre.
Ainsi que nous l'avons toujours fait, nous affirmons une fois de plus que nous avons reçu notre mission de la classe ouvrière. Fidèles à cette mission, nous défendons, fût-ce au prix de notre vie, nos usines et notre patrie contre toute tentative de restauration capitaliste. Nous proclamons en même temps notre volonté d'édifier l'ordre social et économique dans une Hongrie indépendante et à la manière hongroise. Nous n'abandonnerons aucune des revendications de la révolution. Nous considérons que le travail est la base de la société. Nous sommes des ouvriers et nous voulons travailler. Voilà pourquoi nous avons convié au Palais des Sports à Budapest, pour le 21 novembre dernier, les représentants de la province, des départements, afin que, à la réunion d'un conseil ouvrier national, nous discutions des questions les plus importantes qui nous préoccupent et notamment de la possibilité d'une reprise du travail.
Bien que nous ayons fait part à l'avance de nos intentions au gouvernement et que nous ayons même invité celui-ci à envoyer un représentant, le gouvernements a interdit notre réunion. Cette mesure inattendue a envenimé la situation. Dès que l'interdiction a été connue, les ouvriers des usines de Budapest ainsi que les travailleurs des Transports ont cessé le travail et ont commencé une grève de protestation, sans avoir reçu aucune directive du conseil central.
Malgré tout, nous avons établi des rapports avec les délégués de province. Nous avons voté une résolution stipulant qu'en dépit de la grève de protestation de 48 heures nous étions prêts à reprendre le travail dans tout le pays sans pour autant renoncer à notre droit de grève, à la condition expresse que le gouvernement reconnaisse le conseil ouvrier national comme seul organisme représentatif de la classe ouvrière et qu'il continue sans délai les négociations relatives à nos revendications. Celles-ci ont été définies par nous, le 14 novembre, conformément aux objectifs essentiels de la révolution.
Un comité ouvrier représentant notre Conseil et complété par un membre de la délégation des mineurs de Pécskomio a eu un entretien à ce sujet avec János Kádár, président du Conseil des Ministres, dans la nuit du 22 au 23 novembre.
Le 23 novembre au matin, József Balaázs, l'un des membres de notre délégation, a annoncé personnellement à la radio le résultat de ces entretiens. Le président du Conseil des Ministres avait reconnu le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest comme qualifié pour poursuivre les négociations et avait promis de soumettre au Conseil des Ministres les revendications qui lui étaient présentées. Il avait enfin assuré que le conseil ouvrier aurait la possibilité de donner des informations sur les résultats obtenus au cours des négociations entre le Conseil et le gouvernement. Force nous est de proclamer que toutes ces promesses ne constituent pas grand chose. Néanmoins, nous avons décidé de reprendre le travail, car nous avions en vue les seuls intérêts du peuple.
Nous ne nous laisserons pas duper. Nous sommes persuadés du succès final de notre combat et nous essayons de prendre des mesures qui ne se retournent pas contre nous.
Le 23 novembre, une information a été publiée selon laquelle Imre Nagy et autres personnalités politiques qui se trouvaient à l'ambassade de Yougoslavie auraient quitté les bâtiments de l'ambassade, après l'accord avec le gouvernement hongrois qui leur aurait fourni des garanties suffisantes. Le même jour, la radio de Budapest a annoncé qu'Imre Nagy et les personnalités qui se trouvaient à l'ambassade de Yougoslavie avaient demandé le droit d'asile à la République Populaire de Roumanie. Etant donné que cette nouvelle a provoqué une grande inquiétude parmi les ouvriers, le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest a nommé une commission ayant pour mission de demander au gouvernement hongrois, en Haut Commandement des forces soviétiques stationnées en Hongrie, ainsi qu'à l'ambassade de Roumanie l'endroit précis où se trouvait Imre Nagy. Une fois cet endroit connu, la commission aurait à demander la possibilité de négocier personnellement avec Imre Nagy.
Il ne fait pas de doute que cet événement important n'a fait qu'augmenter la méfiance vis-à-vis du gouvernement. Toutefois, ainsi que nous l'avons déjà dit, uniquement dans l'intérêt du peuple hongrois nous prenons position en faveur de la continuation du travail. En même temps, nous adressons un appel à toutes les usines du pays pour les inviter à faire de même après examen approfondi de la situation.
Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers. Afin d'augmenter encore nos forces nous pensons que, en vue de mesures et actions unies, la réalisation des tâches suivantes s'impose :

1) Dans tout arrondissement et dans tout département où un conseil ouvrier d'arrondissement ou de département n'a pas encore été constitué, ces organismes sont à former d'urgence au moyen d'élections démocratiques organisées à la base. Les usines importantes et d'abord celles qui se trouvent dans les villes centrales des départements devront prendre l'initiative de constituer des conseils centraux.

2) Tout conseil central d'arrondissement et de département doit se mettre immédiatement en rapport avec le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest (15-17, rue Akacfa, téléphone 422-130). Le président du conseil central ouvrier est Sándor Rácz, président du conseil ouvrier de l'usine Standard (Beloiannis) ; son adjoint est György Kalocsai, délégué du conseil ouvrier des Huileries Végétables de Csepel ; son secrétaire est István Babai, président du conseil ouvrier de la Compagnie des Tramways de Budapest.

3) L'une des tâches les plus importantes des membres des conseils ouvriers d'usines consiste à s'occuper, non seulement de l'organisation du travail, mais aussi à élire d'urgence les conseils ouvriers définitifs. Au cours de ces élections, nous devons montrer la même énergie pour combattre l'agitation de la dictature rákosiste que celle de la restauration capitaliste. Les conseils doivent être composés d'ouvriers honnêtes au passé irréprochable ! Au sein des conseils, les ouvriers devront posséder une majorité d'au moins deux tiers.
En ce qui concerne les attributions des conseils ouvriers, nous ne saurions être d'accord avec les ordonnances du Conseil du Présidium Suprême promulguées à ce sujet. Nous maintenons que des conseils ouvriers doivent être formés dans toutes les compagnies de transports (chemins de fer, tramways municipaux, compagnies d'autobus), ainsi que dans toutes les entreprises où l'ensemble des travailleurs le réclame. Lors de l'entretien du 26 de ce mois, le président du Conseil des Ministres a promis de soumettre notre position au Conseil des Ministres. En attendant, nous invitons les conseils ouvriers créés dans de telles compagnies à poursuivre leur activité. Par ailleurs, nous ne saurions être davantage d'accord avec le décret du Conseil du Présidium Suprême qui définit la compétence des Conseils Révolutionnaires créés dans les ministères et les grandes administrations. Nous voulons, en effet, un renforcement considérable de l'autorité de ces conseils.
Pour ce qui est de la personne des directeurs, nous pensons que ces derniers doivent être élus par les conseils eux-mêmes après déclaration de candidature. L'entrée en fonction d'un directeur ne devrait pas être subordonnée à l'accord du ministre ou du ministère. Nous invitions les conseils ouvriers à mettre tout en œuvre pour la réalisation de notre position ; à ne pas accepter des dirigeants imposés aux usines, qui dans le passé ont fait la preuve de leur incompétence et de leur éloignement du peuple. Il faudra se méfier des arrivistes au passé douteux.

4) Par la suite, il est très important que l'élection des nouveaux comités d'usine soit assurée par les conseils ouvriers représentant la volonté authentique de la classe ouvrière. Les 'syndicats libres", dont le nombre augmente sans cesse actuellement, tentent de s'assurer une popularité en formulant des revendications de salaires maximalistes. Il convient de préciser que les dirigeants de ces "syndicats libres" n'ont pas été élus par les ouvriers, mais désignés à l'époque rákosiste, époque à laquelle ils se sont compromis.
Les syndicats essaient actuellement de présenter les conseils ouvriers, comme s'ils furent constitués grâce à la lutte des syndicats. Il est superflu de préciser que c'est là une affirmation gratuite. Seuls les ouvriers ont combattu pour la création des conseils ouvriers et la lutte de ces conseils a été dans bien des cas entravée par les syndicats qui se sont bien gardés de les aider.
Nous pensons que les ouvriers ont besoin d'organisations qui défendent leurs intérêts, de syndicats et de comités d'usine. Mais de ceux qui sont élus par la base avec des méthodes démocratiques, de façon que leurs dirigeants soient d'honnêtes représentants de la classe ouvrière. Voilà pourquoi il importe que les comités d'usine soient élus de la façon la plus démocratique, une fois les conseils ouvriers définitivement constitués, afin que la composition personnelle de ces comités fournisse toutes les garanties pour la réalisation des objectifs de la révolution.
Nous sommes hostiles au maintien des permanents syndicaux rétribués. En effet, l'activité aussi bien au sein d'un comité d'usine qu'au sein d'un conseil ouvrier doit être un travail social bénévole.
Nous ne voulons pas vivre de la révolution et nous ne tolérerons pas que qui ce soit essaie d'en vivre.
Nous estimons que l'adhésion aux syndicats doit être libre d'autant plus qu'on ne saurait préserver d'une autre manière les syndicats du danger de la bureaucratisation et de l'éloignement du peuple.
Nous protestons contre la thèse des "syndicats libres" récemment constitués d'après laquelle les conseils ouvriers devraient être uniquement des organisations économiques. Nous pouvons affirmer que les véritables intérêts de la classe ouvrière sont représentés en Hongrie par les conseils ouvriers et que, d'autre part, il n'existe pas actuellement un pouvoir politique plus puissant que le leur. Nous devrons œuvrer de toutes nos forces au renforcement du pouvoir ouvrier.

5) Les conseils ouvriers d'arrondissement et de département devront rentrer immédiatement en contact avec l'organisme distributeur compétent de la Croix-Rouge. Ils devront envoyer leurs délégués à son siège central afin d'assurer une répartition équitable des denrées et des médicaments. Il est important que des experts figurent parmi les délégués.

6) Dans le but d'empêcher toute inflation, les conseils d'arrondissement et de département devront organiser le contrôle public des marchés et des halles centrales, afin que les travailleurs empêchent l'augmentation des prix. Ces contrôleurs devront se présenter régulièrement dans les lieux de vente, clouer au pilori les auteurs d'infractions et, en outre, signaler à qui de droit tout abus.

7) Les conseils d'arrondissement et de département devront faire tout leur possible pour informer l'opinion publique. Toutes les fois que la chose sera faisable, ils demanderont que leur soit réservée une place dans la presse locale. Par ailleurs, ils devront fournir constamment des informations objectives aux travailleurs des usines et des entreprises. Pour cette raison, les conseils centraux des grandes usines doivent faire le nécessaire pour que cet appel soit distribué dans tous les ateliers. Ces revendications ayant été formulées à plusieurs reprises, le président du Conseil des Ministres a promis qu'il soumettrait, le 27 courant, au Conseil des Ministres, notre revendication au sujet de l'obtention d'une licence pour la création d'un quotidien. Cette demande une fois satisfaite, le problème de l'information serait résolu.
Pour conclure, nous dirons qu'aujourd'hui il est nécessaire que les conseils ouvriers, avec une unité et intransigeance complètes servent – même avec la reprise du travail – la cause de la révolution du 23 octobre. Nous avons fait le premier pas, c'est au gouvernement de répondre. Tout cela peut durer plusieurs mois. Il nous faudra veiller avec vigilance, pendant tout ce temps-là, car la clique compromise de Rákosi et Géró essaie de pêcher en eau trouble et de restaurer son régime. Nos rangs se renforcent de jour en jour. Nous avons derrière nous des écrivains honnêtes qui ont joué un rôle important dans la préparation de la révolution, des artistes, des musiciens et le Conseil Révolutionnaire des Intellectuels Hongrois qui groupe toutes les organisations d'intellectuels. Une unité nationale, encore jamais vue, qui rassemble tous les Hongrois honnêtes, se constitue actuellement à la suite de nos combats. Regroupons-nous encore davantage, resserrons encore nos contacts entre conseils ouvriers et continuons à combattre avec une vigilance révolutionnaire pour notre objectif sacré, une Hongrie socialiste, indépendante et démocratique, édifiée selon nos caractéristiques nationales.

Budapest, le 27 novembre 1956.

Le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest.


DECLARATION

Nous, paysans travailleurs individuels et de coopératives, artisans, ouvriers industriels et intellectuels de Bokod, de Csaczas, de Dad, de Szend et de Szák, à travers les comités nationaux promus à notre représentation par l'élection libre et par mandat, constatons, déclarons, demandons et revendiquons les points suivants :

1° Dans le travail de l'élévation de notre patrie bien-aimée nous demandons une place et une voix organisées, au nom de toute notre société paysanne, car nous constituons la majorité de la population du pays.

2° Nous sommes totalement en accord avec les revendications du Conseil Ouvrier Révolutionnaire du Grand-Budapest relatives aux problèmes généraux du pays et nous l'assurons par cette voie de notre soutien complet. Toutefois, nous soulignons les points dont la réalisation et la garantie sont les plus urgents. Notamment :
a) La retraite complète des troupes soviétiques du pays, au cours de l'année ;
b) Le renforcement et la garantie de notre neutralité ;
c) L'élection libre avec la participation de plusieurs partis socialistes, dont un parti paysan représentant les intérêts paysans ;
d) La libération des déportés et des prisonniers politiques de la révolution et la cessation immédiate des déportations ;
Nous revendiquons l'inviolabilité de toute personne participant à la lutte d'indépendance révolutionnaire. Mais nous nous désolidarisons des voleurs et autres éléments criminels irresponsables.

3° Dans l'intérêt de notre soutien aux conseils ouvriers révolutionnaires et de notre collaboration ultérieure avec eux, nous revendiquons et demandons au gouvernement en fonction, l'établissement des conseils paysans locaux, de canton et de département élus de la paysannerie elle-même avec les mêmes attributions prévalant aux conseils ouvriers.

4° Pour souligner le rôle de l'auto-administration locale et puisque selon notre opinion, le village paysan est au fond une unité agricole (entreprise), nous demandons, dans le cadre juridique de l'Etat, l'auto-administration économique et administrative complète afin que nous puissions coordonner les intérêts de l'Etat et de la paysannerie, conformément aux données locales.

5° Nous demandons et revendiquons la création, à l'échelon national d'un conseil paysan révolutionnaire, d'une représentation des intérêts de la paysannerie, comme un syndicat, par la voie duquel le gouvernement en fonction peut négocier avec la paysannerie et celle-ci peut également collaborer avec le gouvernement. Notre condition est, cependant, que les fonctionnaires de cette organisation remplissent leur rôle, comme élus par la paysannerie, délégués de celle-ci et ainsi ayant sa confiance.

Nos motifs :

a) Nous ne voulons pas, à cause de notre état inorganisé, être dupes encore et opposés aux ouvriers et aux intellectuels dans les intérêts égoïstes, individuels et étrangers aux dépens des Hongrois.
b) Nous désirons, par notre poids unifié et organisé en tant que partenaires égaux avec les ouvriers des villes et les intellectuels, servir l'Etat hongrois socialiste et démocratique.
c) Avec notre unité à créer, nous voulons nous opposer à certains éléments de la paysannerie qui veulent abuser les travailleurs des villes en difficulté.
d)Nous voulons contribuer à la prévention de l'inflation par le maintien des prix. Mais nous demandons la même chose à l'industrie.
e) C'est dans une organisation commune que nous voulons empêcher toute activité qui essaie de créer un germe même de la grande propriété. Nous déclarons que pour un tel but nous ne rendrons pas une motte de terre des mains de la paysannerie et nous sommes prêts à défendre de toutes nos forces cette position.

6° Pour la réalisation de nos désirs mentionnés et dans le cas de leur satisfaction, nous nous engageons dans l'intérêt du redressement de notre pays (parce que nous ne voulons aucunement attaquer de dos les ouvriers luttant par la grève) :
a) A travailler sans économiser notre temps et nos forces ;
b) A mettre à la disposition du peuple du pays nos produits, au prix équitable de marché libre ;
c) A être prêts à soutenir par nos dons ceux qui sont dans le besoin, mais à ne les distribuer que directement aux intéressés, sans organe intermédiaire.

7° Les comités nationaux des villages nommés ont décidé que cette déclaration unanime serait portée à Budapest par une délégation désignée par nous et qu'elle la présenterait à qui de droit.

Département du Sud-Komáron Comité National du
Le 19 novembre 1956. département du Sud-Komáron.

Nous appelons les conseils ouvriers, surtout départementaux, à soutenir le travail des conseils paysans et à établir une rapport organique avec eux.

TEXTE DIFFUSE PAR RADIO LIBRE "RAJK"

(5 novembre 1956 – Inédit)


"Camarades ! De nouveau le sang coule dans notre malheureux pays. Les dirigeants de l'Union soviétique ont encore et de nouveau recours à leur politique terroriste de colonisation comme à l'époque de Staline-Rákosi. Pendant que nous menions des négociations amicales avec eux, ils nous trompaient et, maintenant, il organisent des assassinats en masse avec leurs tanks et leurs avions. Par cet acte barbare, ils rendent impossible à jamais l'activité publique d'un parti communiste honnête dans notre pays.
János Kádár et son parti réorganisé peuvent essayer de tromper le pays et le monde, mais un fait demeure : les canons russes ont ruiné en Hongrie la démocratie et le communisme. Nous sommes des communistes convaincus, mais nous devons avouer que Staline ne fut pas le seul à utiliser le communisme comme prétexte d'expansion de l'impérialisme russe et de l'écrasement des peuples libres…
Camarades ! Notre place est… sur les barricades où nos frères continuent leur lutte contre l'impérialisme brutal… Les dirigeants soviétiques doivent savoir que les vrais communistes hongrois ne tolèreront jamais le règne terroriste russe. S'ils écrasent ce peuple, ceux qui resteront vivants… continueront la lutte illégale contre eux…
Nous ferons tout pour transmettre une image fidèle de la politique brutale de colonisation des Russes non seulement aux camarades russes, mais aussi aux camarades vivant en Yougoslavie, en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie, en Bulgarie et également dans les pays occidentaux… Ceux qui, de quelque manière que ce soit et au nom de n'importe quel parti collaborent avec cette puissance de colonisation, trahissent non seulement la Hongrie mais aussi le communisme et nous les combattrons. Camarades, tout vrai communiste hongrois a sa place maintenant aux barricades !"


 

 

 

Informations, déclarations radiodiffusées
et appels des délégués des conseils ouvriers.

.