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Richard Gomblin * |
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Le groupe «
Informations correspondance ouvrières (I.C.O.) est issu d'une scission de
Socialisme ou Barbarie. Les « minoritaires » s'opposaient à la fois aux
thèses organisationnelles très « léninistes » des majoritaires et à
l'organisation interne du groupe qu'ils voulaient souple. En octobre 1958,
la scission est consommée et les minoritaires forment le groupe «
Informations liaison ouvrières » qui changera son nom en "Informations
Correspondance Ouvrières" en juin 1960. A l'origine, deux
formations parallèles existaient : un groupe de discussion et un groupe "
inter‑entreprises ". A partir de 1962 seul ce dernier demeure, les tâches
liaison et d'information ayant paru plus importantes certains militants que
les tentatives de théorisation. Le refus de toute
réflexion «prospective» tient à une interprétation très littérale du mot
d'ordre: "l'émancipation des travailleurs viendra des travailleurs
eux-mêmes" et à une conception particulière de la lutte de classe.
Pour le groupe I.C.O. le
résultat inéluctable de la lutte de classe ce sera la gestion des
entreprises de la société par les travailleurs. Il appartient donc à ceux‑ci
et à eux seuls de défendre leurs intérêts et se battre pour leur
émancipation":'. Ce sont leurs faits et gestes, leurs victoires et leurs
défaites qui font la lutte de classe. Celle-ci est en quelque
sorte la geste ouvrière que toute intrusion extérieure ne peut que détourner
du but. Dans le passé, la classe ouvrière avait combattu pour un certain
nombre de revendications destinées à satisfaire les besoins économiques des
travailleurs et à leur assurer un minimum de bien‑être et de sécurité. Il
s'agissait donc d'une lutte "vitale" qui avait abouti à des conquêtes
sociales qui, aujourd'hui, sont devenues des institutions. Les
transformations du monde moderne, l'accroissement des connaissances et du
bien‑être rendent la plupart des conceptions héritées du passé caduques. Ce
sont des nouvelles conceptions qui déterminent le comportement des
travailleurs : celui‑ci résulte des transformations du capitalisme moderne,
de la division fondamentale entre dirigeants et exécutants, de l'aliénation
dans la consommation . La lutte aujourd'hui prend des nouvelles formes et
vise à des nouvelles fins. La nouvelle contestation remet en cause le
travail salarié lui‑même, la hiérarchie, l'autorité. Ainsi, pour les
militants d'I.C.O. c'est le processus de luttes qui fait évoluer les
mentalités ouvrières qui sont elles‑mêmes liées aux structures de
l'entreprise capitaliste. Le comportement des travailleurs est en quelque
sorte "stimulé"par son environnement économique social et il y répond par
une série d'affrontements (grèves sauvages. revendications non
hiérarchisées) qui à leur tour, provoquent d'autres réactions et d'autres
évolutions. Dans ce cheminement dialectique de la lutte, les travailleurs
sont pris entre leur propre expérience de la production, des structure
sociales et leur conscience qui se développe au fur et à mesure des
transformations de la société capitaliste. Ils sont donc obligés
de lutter aussi contre les parti,syndicats et groupuscules qui entravent
leur chemin. Ils mènent la lutte seuls et ils la mènent sur le terrain de
l'entreprise. Les structures sociales et culturelle résulteront de la
suppression du régime d'exploitation, et les aliénations qui accablent le
travailleur dans sa vie quotidienne ne peuvent faire l'objet d'une lutte
séparée. Cette conception de la
lutte de classe débouche sur une critique des organisations ouvrières qui en
découle logiquement. Les partis sont censés fonctionner selon des critères
et pour des objectifs étrangers à Ia lutte de classe. Quant aux syndicats,
ils sont un organisme d'administration et non de lutte. "Dispensateurs
d'avantages », ils sont traités comme tels par les travailleurs Ils n'ont
donc pas pu "dégénérer" puisqu'ils n'ont jamais rempli d'autres fonctions
que celle de conservation sociale. Le principal, pour I.C.O., est que les
travailleur soient conscients de la nature réelle des syndicats qu'ils ne
les prennent pas pour ce qu'ils ne sont pas. A partir de cette assertion on
étend le raisonnement à toute organisation ouvrière qui veut "jouer un rôle
dans la lutte". Cette ambition paraît absurde car les conceptions des
travailleurs ne peuvent être formées arbitrairement par la propagande des
syndicats, partis, ou autres organisations. Elles sont le produit "naturel"
de la forme actuelle de la lutte de classe et c'est en fonction d'elles que
les travailleurs projettent dans l'avenir la forme de leurs organisations de
lutte. Dans ces conditions, il
n'y a pas de place pour une organisation révolutionnaire permanente. De
telles organisations s'adaptent inévitablement à la société capitaliste
ambiante. La lutte se déroule tous les jours sous une multitude de formes :
à la limite elle se confond avec vie quotidienne du travailleur dans son
entreprise. La formation de comités
autonomes de luttes signifierait que la révolution a déjà commencé. Faire de
l'agitation pour la création de ces comités revient à conseiller aux travailleurs de
faire la révolution. Les conceptions
spontanéistes d'I.C.O. semblent déboucher sur le "vide organisationnel" et
on leur fait grief de provoquer la "non‑organisation et le désenchantement"
Cependant, tout militantisme est pas exclu et l'existence même du groupe en
porte témoignage. II est conçu à titre individuel pour aider travailleurs "à
faire ce qu'ils veulent faire" et à empêcher, dans l'entreprise, que rien ne
soit organisé sans leur accord. Il faut donc que le militant agisse dans le
sens de l'autodétermination des travailleurs. Toute autre forme de
militantisme débouche ‑sur du pur activisme identique à celui des
organisations traditionnelles. Vouloir "jouer un rôle" conduit à devenir un
agent de transformation de la société actuelle, non de sa libération, quelle
que soit l'intention "subjective" qui préside à ce projet . Autrement dit,
le militantisme ne doit pas consister à faire partager certaines idées qu'on
croit "vraies" ou "bonnes " mais à agir pour que les travailleurs
"comprennent où est leur intérêt de travailleurs". Le militant doit lutter
en tant que travailleur et non en tant que membre d'une organisation,
fût‑elle d'entreprise. Les groupes d'entreprise ne peuvent exister que dans
des périodes de luttes limitées et doivent être constitués par les
travailleurs eux‑mêmes, de l'intérieur. En dehors de l'entreprise la
seule forme d'organisation concevable est la coordination horizontale
destinée à faciliter les liaisons entre travailleurs isolés, à publier des
informations de "boites". Dans un tel groupe (qu'I.C.O. incarne, par
exemple), les participants informent de ce qui se passe sur leurs lieux de
travail respectifs, "dénoncent les manoeuvres syndicales", discutent de
leurs revendications communes, s'apportent une aide réciproque. La lutte de classe telle
que la pense I.C.O. doit boucher sur l'autogestion de la société. Peut‑on
prévoir ses formes exactes? Certes, I.C.O. se rattache au mouvement
historique des conseils dans la mesure même où il propage des textes
historiques, les discute essaye de les réactualiser. Il est arrivé aussi à
certains de ses membres de soutenir que la lutte prolétarienne débouchera
obligatoirement sur la forme conseils qui sera son expression privilégiée.
Mais il semble bien que le groupe refusant d' "anticiper sur une société
d'avenir" ne veuille pas se prononcer sur les formes de la révolution et de
la société future et donc de faire de la propagande en faveur du communisme
de conseils. Ce qui le distingue d'un autre groupe par ailleurs fort proche
de lui, et qui considère les formes historiques du mouvement de conseils
comme celles de révolution à venir. Alors que pour I.C.O. le mouvement de
conseils fut une des formes historiques que l'autonomie des luttes a
revêtues, le groupe "Communisme de conseils" se rattache, au contraire, à ce
mouvement, en tant que celui‑ci figure le communisme. Il vise donc à
"accorder" la théorie à la pratique en analysant les événements récents à
la lumière de la théorie conseillistes telle qu'elle a été transmise par O.
Rühle, H. Gorter A. Pannekoek et d'autres. Le communisme de conseil serait
donc plus qu'une leçon de l'histoire : il serait la théorie qu'il s'agit à
la fois de propager et d'enrichir. Ainsi, la théorie du
communisme de conseils est loin d'être homogène. Nous avons vu les
principales conceptions qui la sous‑tendent : depuis les thèses de
Socialisme, ou Barbarie qui se situent à la limite entre conseil et Parti,
jusqu'à I.C.O. qui arrive à dissoudre cette théorie elle‑même dans la
spontanéité des luttes et conceptions qui en naissent. Les sources mêmes du
communisme de conseils (un marxisme diversement interprété) influent de
façons différentes sur les héritiers du mouvement historique. Certains se
dégagent la tradition, d'autres moins. Certains acceptent et lleur la
critique de la vie quotidienne, d'autres, comme I.C.O., la jugent secondaire
par rapport à la critique du système d'exploitation économique. Mais tous
les courants mentionnés se retrouvent pour condamner le mouvement
marxiste‑léniniste. Tous aussi se font une certaine idée de l'autonomie
nécessaire de la lutte ,ouvrière et de sa spontanéité. Bien qu'avec des
nuances, ils ont transposé leurs conceptions sur le terrain de
l'organisation à la fois du mouvement révolutionnaire de la société
socialiste. |
Ce texte est extrait de l'ouvrage écrit
par Richard Gombin
"Les origines du Gauchisme"et publié par le Seuil
dans sa collection "Politique" en 1971.
Il est évident que je me suis autorisé moi-même
à faire cet emprunt vu l'absence d'informations
dont je dispose par ailleurs à propos d'ICO.
Celles que jepossédais s'étant égarées
au cours d'un déménagement.