René FORAIN
Gustav Landauer et la régénération sociale

RECHERCHES LIBERTAIRES

Dans l’étude consacrée par Gilbert Badia aux < Spartakistes », on chercherait en vain le nom de Gustav Landauer. Sans doute, l’anarchiste Landauer ne faisait pas partie de la fraction du Parti socialiste indépendant qui avait créé en 1918 le Parti communiste allemand, et qui retient toute l’attention de Badia. Il n’en reste pas moins que dans un livre consacré à « l’Allemagne en révolution », on pouvait consacrer moins de place aux démêlés partisans, et plus de détails au déroulement réel de la révolution à travers le pays.

Landauer avait pris une part active à la « République des conseils » de Bavière, Le 2 mai 1919, il a été massacré, à 49 ans, par les « Corps francs » venant « rétablir l’ordre » à Munich. Un autre anarchiste avait été, au cours de cette expérience vite noyée dans le sang, à côté de Landauer : le poète Erich Mühsam assassiné en 1934 par les nazis dans un camp de concentration, comme bien d’autres parmi nos camarades allemands.


LA REVOLUTION ME REND MES FORCES

Gustav Landauer, militant socialiste passé à l’anarchisme, animateur du journal « Der Sozialist », était un écrivain d’une fine sensibilité, d’une profonde culture. Deux de ses livres ont été récemment réédités en Allemagne par une maison d’édition sans attaches avec le mouvement libertaire. Il s’agit d’un recueil de lettres écrites pendant la Révolution française, réunies et présentées par Landauer (« Briefe aus der französischen Revolution », 1961) et d’une série d’études sur Shakespeare (1962) (2). Et si cette dernière œuvre a gardé sa valeur sur le plan de l’histoire littéraire, comme l’autre sur le plan de l’histoire politique, elle présente pour nous un intérêt tout particulier. L’analyse du théâtre de Shakespeare y est conduite suivant le thème de la liberté. « La liberté dans l’humain, le privé, et surtout dans la relation, qui est le problème constant de Shakespeare, entre l’instinct et l’esprit. La liberté par rapport à toute formule, toute convention de nature théorique et morale ».

Sa réflexion sur Shakespeare, il la poursuit en pleine révolution. Le 26 décembre 1918, il écrit : « Si je garde des forces, le Shakespeare sera bientôt fini, malgré l’actualité. Car personne ne me fortifie comme lui en ce temps-ci ». Et encore, le I1 janvier 1919 : « Il en va ainsi, que la révolution m’a rendu la fraîcheur et la force de travail dont j’ai besoin pour ce travail ; mais que ces deux derniers mois, et aussi pour les prochains temps, la révolution m’a pris le temps d’y travailler ».

En fait, c’est toute une philosophie de la vie, de la liberté, de la culture que nous propose Landauer. Et si nous citons ces remarques, c’est parce qu’il n’a jamais séparé sa vie de sa pensée ni sa conception de la révolution d’une réflexion originale sur les civilisations humaines. Le meilleur exemple en est donne par le livre court, mais très dense, sur la révolution, « Die Revolution » (3), écrit en 1907 à la demande de son ami Martin Buber, philosophe personnaliste mort l’année dernière en Israël. (C’est Buber aussi qui a continué, après !a mort de Landauer, à