A propos de Max Hölz

Morceaux choisis
jeudi 31 décembre 2009
par  ps
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En mars 1921, l’Allemagne centrale était agitée par les secousses profondes de la guerre civile [1]]. C’est là que, pourchassées, affamées, mais non pas vaincues, les avant-gardes révolutionnaires menaient une guérilla héroïque face aux automitrailleuses et aux lance-bombes de Severing [2], face aux mercenaires de la Schupo. Le soutien de la population ouvrière, qui les armait, les renseignait et les cachait de son mieux, était leur seul atout en face de la réaction triomphante. Et cependant, ils la tenaient en échec, rendant coup pour coup, sang pour sang, feu pour feu, expropriation pour expropriation. N’était la passivité des autres parties de l’Allemagne, ils auraient peut-être vaincu, avec le point d’appui de la Lena-Werke, l’usine géante du trust chimique IG Farben, qui avait été occupée par ses milliers d’ouvriers en armes et avait retourné un moment contre l’ennemi de classe sa puissance industrielle formidable !…

À la fin, les braves combattants du KAP [3]], dont la mobilisation de solidarité autour des insurgés avait été immédiate et sans réserve, furent écrasés, et les sbires de la bourgeoisie allemande eurent la joie de saisir celui qu’on appelait leur chef. Max Hölz, le « général rouge », un homme de courage et d’initiative [4]]. Il fut traîné devant les tribunaux et flétri comme assassin, incendiaire et bandit par une bourgeoisie à laquelle son nom seul donnait encore la colique. Son attitude fut inébranlable et nous donnerons quelque jour le texte du réquisitoire dont il frappa, du haut du « banc d’infamie » où il se trouvait enchaîné, la société dont il était l’ennemi. Qu’il suffise de savoir que sa hautaine attitude, la menace dont son nom restait entouré, la solidarité du prolétariat lui épargnèrent la peine de mort. Il fut condamné au bagne. Le parti communiste (IIIeInternationale), qui était loin d’avoir joué un rôle brillant dans une action qu’il avait étourdiment déclenchée sans pouvoir y faire bonne figure, s’empressa du moins de saluer en Max Hölz, membre de l’organisation tant calomniée des « communistes-ouvriers » (antiparlementaristes spontanéistes), un lutteur prolétarien authentique, aussi désintéressé qu’énergique, et digne de devenir un ­symbole de la résistance ouvrière.

4La direction du parti employa même les avantages que lui assuraient des caisses inépuisables et un réseau complet d’organisations légales pour s’acquérir le monopole d’une campagne d’opinion menée autour de Max Hölz et pour suborner moralement le bagnard glorieux qui, lors de sa libération, il y a trois ou quatre années, adhéra à l’Internationale de Moscou.

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[1Sur la période 1918-1921 en Allemagne, lire, d’André et Dori Prudhommeaux, Spartacus et la Commune de Berlin (Spartacus, 1949) ; Philippe Bourrinet, La Gauche hollandaise, <http://www.left-dis.nl/index.htm> [ndlr

[2Homme d’État social-démocrate, Carl Severing (1875-1952) négocia un compromis afin de dissoudre l’Armée rouge fondée pour s’opposer au putsch raté d’extrême droite de Kapp (13-17 mars 1920). Il fut ensuite ministre de l’Intérieur du gouvernement de Prusse.

[3En fait, le KAPD (Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands – parti communiste ouvrier d’Allemagne). Fondé à Berlin début avril 1920 par l’opposition du KPD, il regroupait environ 40 000 membres, soit les quatre cinquièmes du KPD d’avant la scission, en majorité des ouvriers et des jeunes chômeurs prêts à l’action insurrectionnelle, mais aussi des artistes expressionnistes regroupés autour de la revue Die Aktion et des intellectuels comme le pédagogue et publiciste Otto Rühle ou le poète néerlandais Herman Gorter. (Sur les positions politiques du KAPD, lire le « Programme du parti communiste ouvrier d’Allemagne » (mai 1920), <http://www.left-dis.nl/f/kapd1920f.htm> ). [ndlr

[4Originaire d’un milieu modeste, engagé volontaire dès août 1914, Max Hölz (1889-1933) fut révolté par la guerre et s’intéressa aux idées socialistes. En 1918, il s’engagea avec passion dans le mouvement des conseils, fonda un comité de chômeurs puis adhéra au KPD. En mars 1920, il participa à la résistance armée au putsch de Kapp, mettant sur pied une Armée rouge et refusant de désarmer après la fin de la grève générale. Exclu pour indiscipline, il fut accueilli dans les cercles du KAPD et, l’année suivante, il dirigea « l’action de mars ». Arrêté à Berlin après l’échec du soulèvement ouvrier, il fut jugé et condamné à la prison à perpétuité. Revenu au KPD en 1922, il bénéficia d’une amnistie en 1928 ; mais, après une tournée triomphale lors de sa libération, qui en faisait le communiste allemand le plus populaire, il fut envoyé en Union soviétique. En 1933, il se noya dans des conditions obscures aux environs de Nijni-Novgorod – une rumeur circulant sur son assassinat par la Guépéou. Lire Max Hölz, Un rebelle dans la révolution. Allemagne 1918-1921, texte traduit, présenté et annoté par Serge Cosseron, Spartacus, 1988 ; ainsi que sa notice dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international (Allemagne), Éditions ouvrières, 1990, p. 249-250. [ndlr